21/12/2011

Zling zling zling zling...

Rien. Ou si peu.

Un mot sur le concept optimisme/pessimisme si vous voulez.

Ce soir, 21 décembre, l'optimiste se dit: "C'est incroyable, déjà, à partir de demain, la durée de la clarté du jour s'étirera. "Les jours allongent" comme on dit ici. (Vous prenez un jour et vous l'étirez aux extrémités...).

Le pessimiste regarde le moché-moché de gadoue/glace/pluie qui couvre la ville ce soir et se dit: "Merrrrrrdeux. Et ce n'est aujourd'hui que le premier jour de l'hiver".

Comme quoi tout est une question de perception d'abord et avant tout. Ensuite et après tout aussi maintenant que j'y pense.

Drôle de soirée pour une drôle de période. L'occident s'est tellement éloigné de l'état d'être pour favoriser l'état d'avoir.

Il est né un divin enfant semble t-il. On a refusé à ses parents une chambre à l'Auberge des Gouverneurs mais trois amis lui ont apporté de l'or, de l'encens et la biographie de Steve Jobs. On confond tout, sur fond de musique inécoutable dans les endroits publics, airs dont la base sonore est un copié-collé qui se répète:

Zling zling zling zling... Au petit trot s'en vont les grelots par dessus la mer...

Et ça suinte cela de tous les quotidiens pendant des semaines.

Je rêve d'entrer dans un Centre d'Achats et d'imposer mes vues; "OK tout le monde... on ferme les lumières et on allume des chandelles ! Il y a 12 oranges sur le sol. J'offre un prix pour chaque trouvaille. Je ne rallume pas avant que toutes les oranges soient trouvées. Pas d'obscénités, sauf peut-être dans le kiosque d'information, mais vous avez le droit d'embrasser les étrangers. Je vous aime tous".

Mais non. En lieu et place: Zling zling zling zling... et le feu danse dans la cheminée. Depuis 50 ans.

C'est de la bonne bûche ça Monsieur !

Il est passé où le pétillant ? Peut-être est-ce qu'il n'a jamais été là, sauf quand mes yeux d'enfants pouvaient l'inventer. Aujourd'hui, je veux du champagne et on m'offre de la bière.

J'ai ai contre le décorum.

J'applaudis bien sûr tout ce qui fait du bien à l'humain. L'entraide. Le baume sur les solitudes. La bonne bouffe, les rires et les enfants qui se lancent dans la pile de manteaux qui sentent le parfum de tantes sur le lit des parents.

Même à la rigueur, l'envolée de l'oncle qui entame déjà sa version unique, et quand je dis unique c'est qu'on est loin du Cirque du Soleil, de Don't Be Cruel.

Et tout le monde applaudit. Et pense tout bas: "Lâche pas ta job de comptable mon ti-pit".


Je vous souhaite de la patience, la patience des gens bons qui savent qu'il y a toujours un cadeau en tout, quelque soit l'emballage.

Je vous souhaite que le front collé à la vitre froide, ce soit quand même pour un moment de sourire.

Je vous souhaite que ces grands instants de vide, ceux qui laissent les jambes ballantes sur le bord du lit, soient de joyeux moments de flottaison.

Et surtout, le moins de zling zling zling zling possible...

11/12/2011

Couleurs humaines



Il y a de ces moments qui font presque apparaître Dieu, à vos cotés, le sourire au coin des lèvres, qui vous balancerait un amical coup de coude dans les flancs en murmurant; 

"Regarde bien celle-là, tu vas aimer"...

Il y a une immense salle au cinquième niveau du Palais des Congrès. Celle qui parfois engloutie 8000 danseurs pour un Bal en Blanc par exemple. 

À gauche, sur le même palier, de plus petites chambres, pour groupes plus intimes. L'idée d'un Centre de Congrès c'est d'en avoir pour tous les goûts. 

Dans la grande salle hier soir, une grosse et enflée compagnie Québécoise a invité 1500 de ses partenaires les mieux nantis à fêter la Nâwëlle.

Ils arrivent en grappe, les riches convives. Les valets stationnent les grosses vouwhâtures. Ça sent bon les grands parfums et ça sonne plein les lourds bijoux. 

Ce soir, parmi eux, tout ce qui brille EST or. La galette sociale du Blanc bien nanti est grassement beurrée.

"Attends, attends, ça s'en vient"...

Cré Dieu. Impayable Celui-là.

Dans une petite salle du fond, un groupe de Sénégalais prépare une fête religieuse. Dans la froide grisaille de décembre, ces gens-là sont des lumières. 

Foncés de peau, Orange-vif, Blanc-vif, Jaune-vif, Rouge-vif, Vert-vif, Bleu-vif de vêtements. Non, ce ne sont plus des vêtements, ce sont des lumières ambulantes. Pendant une heure bénie, ils arrivent, autant de touches de clair sur fond sombre.

Et ces corps, tous en hauteurs. Des humains comme des lampadaires. Les femmes drapées de tissus clairs, les hommes... des hommes. De la beauté, de la joie. Et un ensemble  qui semble incapable de ne pas danser.

Une autre heure passe. Je rêvasse quand Dieu me secoue doucement: "Hé, oh, on y est... regarde."
 
D'un coup, c'est la commotion dans la place. Les têtes tournent. Les bouches béent.

Du corridor de gauche une rumeur crescendo gronde. Un cri modulé par environ 200 gorges chaudes.

V'là t'y pas ma gang d'Africains colorés qui se dirige droit vers le hall où se situent les bars du groupe numéro un, les possesseurs de grosses bagniôôles, en chantant, et quand je dis chanter je pourrais dire crier, quelque chant de brousse M-A-G-N-I-F-I-Q-U-E. 

Ils sautent en harmonie, sur le pied gauche, sur le pied droit, une main sur l'oreille à la fin de chaque "couplet".  Et ça beugle à écorner un président de compagnie.

Et là, les quelques minutes qui ont suivies; MAGIE !

Pour avoir accès aux escaliers roulants, les Africains pour quitter, les autres parce qu'il faut bien aller en fumer une entre deux cognacs, il ont dû s'entrecroiser, dans un méli-mélo hilarant.

Pendant trois ou sept minutes bénies, les draps jaunes aux motifs vivants et libres ont frottés les tuxedos et autres amis d'Armani, deux ou trois savates ont écrasé le bout de cuir d'un soulier italien et quelques haleines d'alcool ont soufflé leur étonnement, parfois leur ravissement, rarement leur agacement... que leur party annuel de la Nâwëlle puisse inclure une si belle surprise.

Pas rapport pourtant. Mais le sens de l'humour du destin...

Je me suis délecté. J'ai gobé la scène, les yeux comme des éponges. Puis j'ai donné un coup de coude amical dans les flancs de Dieu;

- "T'avais raison. D-I-V-I-N".

Mais Il n'était plus là.



05/12/2011

La ballade des mitaines à four


Terre, soir de décembre.

Descartes a dit: "Je penses donc je suis". 


Ça me va, mais c'est un brin réducteur et il me semble que ça a bien des petits cousins: 

Pourquoi pas, "je mange donc je suis ?" En quoi est-on moins "Étant" en mangeant qu'en pensant ? Et puis, qu'est-ce qu'être ? Et enfin, on parle de l'état physique ou de la conscience, qui existe probablement hors le corps ?

Pourrait-on dire donc: Je suis donc je fais, en lieu et place ?

J'en suis là dans ma pensive glissade... je glisse donc je suis ?...  et j'ouvre la radio. La boîte du loisir, outil informatif et source d'étonnement parfois, m'emballe dès le début de sa diffusion.


En effet j'apprends qu'une américaine a trois enfants, nés respectivement le 8-8-88, le 9-9-99 et le 10-10-2010. L'animateur ajoute que la femme n'a pas eu d'enfant le 11-11-2011.

"J'accouche, donc je fais des "je suis" ?".

Il me reste de ce bon pâté au saumon de cette poissonnerie des Halles d'Anjou. J'ai du vin. Mon estomac me lance; "J'ai faim donc je mange, peut-être ?".

J'ai des organes qui font du sarcasme.

Des volcans, des jungles et des rizières plus tard, je parle du sentier suivi par mon imagination pendant le réchauffement dudit pâté, "je réchauffe donc j'attends", j'allume une chandelle. 


J'allume donc j'éclaire. 

Une chandelle ajoute toujours un petit effet Gospel polynésien au condo. Un peu plus et je danse autour de la table en chantant des incantations à faire apparaître les morts.

Mais heureusement, le pâté est prêt.

Je le sors donc je brûle. Le bout d'un doigt. Pour la 33ième fois donc, je pense, Étant: "Des mitaines à four, des mitaines à four, des mitaines à four..."

Ce n'est pas que je n'y pense pas souvent, d'acheter des mitaines à four (Mitaines de four ? Mitaines pour four ? Four mittens and a funeral ?). 


Mais. Oui mais. 

Ma théorie c'est qu'il manque au cerveau mâle une coche dans l'ADN, à la case "mitaines à four". J'en ai besoin depuis 2 ans. Je ne pense pas y avoir pensé depuis. Sauf quand j'en ai besoin. Je pense pas avoir pensé donc j'oublie.

Ce qui n'empêche pas les rencontres accidentelles. Je me souviens de ma dernière rencontre avec des mitaines à four. Des pattes d'ours. 


Pourquoi faut-il que tout utilitaire soit aussi décoratif ? Demain je pense donc je cherche, donc je trouve et donc j'achète une paire de mitaines à four. 

C'est décidé.
Alors, quelques réactions de l'esprit:

"Yeah", "Sure", "You bet", "Mets-en ti-coune", "tu devrais plutôt mettre tes énergies sur la quête du bonheur..."

Le train des pensées est un cirque ambulant.

Tiens, je jurerais qu'il y a un sourire dans la flamme de la chandelle.

C'est une de ces soirées où le plaisir n'a que faire de l'inconfort. Comme quand, à 5 ans, malgré un masque d'Halloween craquelé par lequel je ne pouvais pas voir devant moi par plus qu'une ouverture pour l'oeil à la fois, j'ai quand même fait une récolte d'un bon 2/3 de taie d'oreiller de bonbons. 



Je me souviens qu'il était difficile d'avancer. Il faisait noir. Mon costume en mauvais plastique, trop long, déchiré depuis longtemps, disputait à mes semelles le droit de toucher le sol. Et ce masque que je m'obstinais à garder, Halloween oblige, par lequel pendant deux bonnes heures, je n'ai vu le monde déjà sombre que par un seul trou. 


Cinq ans, et déjà en mode survie.

Le pâté est excellent, la croûte croûtestillante. Le vin plein d'effluves. C'est bon, c'est chaud. Les cellules du corps sont heureuses. L'oeil est aussi charmé. Douce pénombre. L'oreille bercée par la musique. Un moment sublime.

À une petite dyslexie près;

Des mitaines de/à/pour four.

11/11/2011

Les petits onions sucrés marinés.



Il y a des moments comme ces succulents petits onions sucrés marinés; un brin aigres, un brin doux. 

Au total, bref, des moments aigres-doux. 

 
Ensuite, c'est l'humain, on fait tous la même chose, selon ses tendances, les inclinaisons de sa personnalité, qu'on soit de nature optimiste ou pessimiste, selon que le Yin nous habite davantage que le Yang; on se place dans un angle de perception pour mieux voir l'aigre ou le doux.

C'est selon chacun.

Personnellement, je vois difficilement qu'on puisse voir l'aigre dans les quelques éléments suivants:

La première ligne rose-orange de l'horizon au réveil
Le sourire d'une belle étrangère dans le métro
Marcher dans les feuilles mortes et noter la beauté du son
Éclairer un endroit sombre aux chandelles
Les chats

Mais bon. À chacun son compas.

Comme les petits onions sucrés marinés, les moments sont à apprécier un à la fois.

Certains font grimacer, sont vinaigrés. C'est la vie. On en prend quand même un autre. 


Puis un autre.

Nous sommes des curieux. Notre nature est de sans cesse expérimenter.

C'est comment avec lui ? Avec elle ? Qu'est-ce que ça goûte ? Ça ressemble à quoi San Fransisco ? Ça sent quoi le Ylang-Ylang ?


On pèse, compare, estime, partage, déduit, assume, apprend, accepte.
 
Pour un temps, on digère. 

Puis toujours, éventuellement, on replonge...

... la fourchette vers un autre onion sucré mariné.

08/11/2011

Un peu de lumière


"Sans imagination, vous n'avez pas d'ailes"

-Picasso


 


(Merci Blugru)

05/11/2011

Les Boutons

                                                                        
    Une chemise anglaise comptait 5 boutons. 


    Celui du haut, Jeff, l'ainé, confiant et un brin zen, vivait détaché plus souvent qu'autrement. 

    Suivaient dans l'ordre: Jim, sérieux et responsable, les jumeaux Joe et John, dont la relation tendue avait fort à voir avec la rondeur abdominale de celui qu'ils couvraient de leur mieux, et finalement Fédor, le dernier, le plus bas, à l'esprit aussi sombre que le sous-sol dans lequel il étouffait.

     Voici son histoire.

    Pendant trois longues années son destin fut attaché à cette chemise rouge qui, le jeudi, jour de lavage, l'entraînait avec elle dans de sombres eaux savonneuses. Mais comme disait l'adage dans le monde des boutons: 


    "Où va le nettoyage vestimentaire va l'hygiène boutonnière".

    Puis suivait la bascule dans l'air chaud, les montagnes russes de la sécheuse. Ça cognait dur sur les parois. Ça balottait ferme. Quarante longues minutes, lui qui était sec après trente secondes.

    Venait enfin le long repos. Une semaine immobile sur un cintre, le nez fourré dans la chemise d'en avant à attendre anxieusement la cruelle apothéose: le retour du jour de service.

    L'enfer!

    Il végétait alors dix, douze et parfois quinze heures dans le noir, tassé sous une ceinture, dans une paire de pantalon, agressé par une fermeture éclair dont les dents de métal le fixait comme un dessert. Il en sortait épuisé, bouché des quatres trous, la dépression à fleur de fil, rêvant obsessivement de liberté, du jour où ce cycle infernal cesserait.

    Mais revenaient, réguliers comme le jour, le jeudi, l'eau savonneuse, l'air chaud et l'épreuve. Trois ans! Plus de cent cinquante fois le même manège!

    Et un jour, mal assis sur un banc de parc, l'homme leva les bras  brusquement, tirant la chemise vers le haut, geste qui le libéra de la chemise. 


    CLAC ! Bris de l'attache. Flottement. 


    LIBRE ! Enfin libre...
    Il fut quelque temps flottant dans l'entre-jambe avant de doucement glisser par le tube gauche du pantalon, vers la lumière du monde si longtemps souhaitée.

    Puis là, immobile sur la pelouse, tout à son nirvana, les quatre trous comme autant d'yeux ouvert sur un ciel si pur, il fut avalé par un pigeon qui le confondit avec un grain de maïs.


 

01/11/2011

Henry Ford, je vous en veux.





    Il y a quelques années, après le vol d'une de mes possessions de tôle, aussi nommées automobiles, je me suis dit: "Bon ça va faire lâ lâ (quand je suis découragé je prends l'accent du Saguenay). La somme de mes difficultés karmiques avec les automobiles doit s'exprimer; Zola ! Hugo ! Dumas ! À l'aide, qu'on écrive l'ultime expression de la frustration moderne face à ces boites de tôles!

Zola et Hugo et Dumas ne se sont jamais présentés. J'ai quand même disserté un brin sur le fait.

Dernièrement, une amie m'a rappelé cette courte écriture rythmique. Ma douleur automobilesque. Mon drame permanent sur 4 roues. Ne suis-je fait que pour la légèreté du nuage ? Qu'en est-il de la possibilité de me mouvoir dans boîte tôlée et pneus gonflés sans drame ? Cette option m'est-elle refusée pour toujours ?  Dieu... Dieu... si Tu existes... es-ce là mon destin ?

Bon bon, on se calme. Allez Anges et Musique des Sphères, mains aux harpes et voix aux cieux. Pardonnez la jeunesse du texte, le temps passe...Voici donc:


    MES VÉHICULES  (poème en 5 épreuves)

   
    Mon premier tout blanc, Toyota de splendeur
    Boîte à savon discrète, enrhumée du moteur
    Plus le genre taxi de brousse que Mercedes DS
    N'a mis que deux semaines pour se blesser une fesse
    Eh oui, premier juillet, jour de déménagement
    Tant qu'à m'laisser tomber, elle choisit son moment
    Parfois presqu'une voiture, aux airs préhistoriques
    Ce porte-appareil pour cassettes huit pistes
    Dont le ruban tordu souvent restait au fond
    Je le salue quand même ce petit rien nippon


    Puis Dieu qui, au fond, aime bien ses enfants
    Dit; "Maintenant une neuve, pause de tourments".
    Et la Honda Civic apparut dans ma vie
    Au prix de l'effacement de mes économies
    Une quatre cylindres roulant comme une deux et trois quart
    Et dont la tôle vibrait quand il ventait trop fort
    On l'aurait égaré dans une peau de mouton
    Mais pour trois sous d'essence aurait rejoint Pluton
    Enfin, karma oblige, par une belle matinée
    Un samedi de mai, je m'la suis fait voler


    Avais-je eu ma leçon? Non, car je suis retourné
    Pour le meilleur ou le pire au ciel des usagées
    Mais du petit, du léger, du fragile...plus jamais!
    Maintenant je paraderais dans un gros Chevrolet
    Un char d'assaut messieurs-dames, un géant cosmique
    De la place à l'avant pour deux Honda Civic
    Ne passait pas où des autobus en doublaient d'autres
    C'était un roi d'acier, un noble aux pneus chauves
    J'ai usé des souliers juste à me rendre aux portes arrières
    Et pour le faire rouler, presqu'asséché des pétrolières


    Puis, triste souvenir, l'expérience de la rouille
    D'une "chose" se déplaçant avec la grâce d'une poule
    Nymphette des camionnettes, gruyère des véhicules
    Elle fut quand même utile, un peu comme une mule
    Rossinante fatiguée au capot papillon
    C'était bien davantage aventure que camion
    Pas moyen d'écouter la musique sans clins-clins
    Pas plus sûr de pouvoir ouvrir les portes demain
    Et pour finir ta vie, petite enfant fragile
    Sur un traversier tu laissa toute ton huile


    Arrive le moment où l'on dit: "C'est assez!"
    Je mérite dans le confort de me déplacer
    Pas de rouille, en ordre, bas kilométrage
    Une belle grosse auto rouge avec un passé sage
    Les semaines glissent, agréables, sans soucis
    Aurais-je enfin trouvé la mécanique bénie?
    Bien sûr, les contraventions, une dizaine
    Et dans cet hiver rude, immobile une semaine
    Alors, malgré les aléas, la paix de l'âme enfin?
    Eh non car un matin, on déroba mon bien


    Et se déroule ainsi le ruban de ma vie
    Solide presque partout, troué en mécanique
    De cette série comique aujourd'hui j'en suis là
    Quand je dis j'en suis là, je veux dire j'en suis las
    Peut-être un jour lointain, quand mes verres seront loupes
    Quand il sera commun d'avoir sa soucoupe
    J'étonnerai les gens, tous ceux qui m'ont connu
    En épique combat, Don Quichotte des rues
    Et pointant, déjà vieille, la source de mon transport
    S'écrieront ébahis: "Quoi? Tu l'as encore?"
   

31/10/2011

Deuil d'un peu de tôle.



C'est samedi matin. C'est jour de congé. C'est beau et frais. C'est café péruvien dans ma tasse préférée. C'est 9 heures après un bonne nuit de sommeil. C'est le corps reposé moulé dans ma grosse chaise rouge. C'est une conversation sur I-Chat avec une amie américaine.

La vie est belle.

À un moment donné, un fort bruit sourd vient de l'extérieur. Une sorte de "boom" sourd et glissant. Comme il y a des rénovations de l'autre coté de la rue, je conclus à une quelconque action d'une des lourdes machines à l'oeuvre. 

Le bla-bla canado-américain se poursuit, épicé d'humour.

15 minutes plus tard, un homme se présente à la porte. Mauvais signe: c'est un policier.

"Vous êtes propriétaire d'une Honda Civic rouge ?".

Moi, devant lui, drapé de ma trop grande robe de chambre rouge effilochée depuis longtemps, les cheveux d'avant-douche défiant en forme les oeuvres les plus abstraites, je lui répond dans un croassement, sans trop ouvrir les lèvres pour ne pas partager avec lui l'haleine du matin;

"Han... ouin".

"Votre auto a été tamponnée. Pouvez-vous nous rejoindre en bas avec les papiers de l'auto le plus rapidement possible s'il-vous plaît ?".

"F-U-C-K !".

Je ferme la porte et vais sur le balcon constater la scène de haut. 

Nombre d'autos de police: 5. Nombre d'ambulance: 1. Nombre de camion de pompier: 1. 

La rue est bloquée aux deux extrémités. Je cherche la Honda que j'ai stationnée devant chez moi la veille. Je fini par localiser un tas de tôle rouge en forme d'accordéon, qui me fait face comme pour me demander de l'aide... sur le parterre du deuxième voisin de droite.

Ma première pensée:

"Le gars est mort".

Je me brosse les dents et je pense déjà aux mois d'hiver que je vais passer dans les autobus. Je descends. La scène pourrait être un extrait d'une de ces émissions américaines, la fin spectaculaire d'une poursuite automobile.

Pour faire glisser si loin, et lui faire sauter une chaîne de trottoir, une tonne et demie de métal immobile, il faut que l'impact ait été impressionnant. Au milieu de la rue, deux autres automobiles démolies. La blanche à l'évidence est celle du kamikase. 

Trois policiers sont en train de passer les menottes à une homme agité, tenu au sol. Le fautif, évidemment.

Une fois installé sur le siège arrière de la voiture des policiers, on se regarde quelques secondes. Il est soul, évidemment. C'est à peine s'il saigne un peu du nez. Encore une fois je me dis qu'il y a un Dieu pour les gens en état d'ébriété; souvent ils se sortent indemnes, ou à peu près, des pires situations. Peut-être sont-ils sauvés par la mollesse de leur corps au moment de l'impact.

Débute alors le tourbillon des rituels obligés. Rapport verbal aux policiers, présenter des papiers, reprendre des papiers, essayer de voir qui, des remorqueuses qui se sont presque présentées avant l'impact (?!) s'il y a quelqu'un d'honnête dans le lot, essayer de rejoindre l'assureur (mais c'est samedi), choix de la fourrière, vider l'auto, essayer de comprendre pourquoi une voisine me crie après, j'accepte des cartes, je réponds à des questions...

Je grimpe à bord de la remorqueuse. L'homme est sympatique. J'apprends qu'il travaille de concert avec la police du quartier. J'ai donc fait un choix judicieux. Il me donne un drôle de conseil (que je vous transmet, ça pourrait vous servir un jour); Au sujet du montant que les assureurs offre en dédommagement aux sinistrés: c'est toujours le troisième montant offert qui est le dernier que les assureurs sont prêts à offrir. 

Ah bon !

J'en suis là. C'est lundi, mon assureur doit être à son bureau à cette heure. Faut que je prépare mon ton d'offensé et que je manoeuvre pour me rendre à une troisième offre.

Encore du théâtre. La vie vient de m'offrir un nouveau rôle.

Allez bonhomme, essaie de trouver manière à t'amuser un peu.



22/10/2011

L'ossature d'un Vendredi


La première gorgée de café brûle le bout de la langue
Le bruit de la pluie sur le pavé
Voix familières à la radio
Le moteur ronflant d'un autobus
Une petite fille qui rit, deux dents en moins
Un ciel aux sévères tons de gris
Des airs de gitanes à la station Berri-UQAM
Au milieu de 4 millions de livres
Le muesli aux pommes du Commensal
Familiarité du sol au travail
Laisser glisser les choses, laisser glisser les choses...
On rigole de tout, ça allège l'état humain

Haro sur la lasagne aux fruits de mer
L'importance d'une fourchette adéquate au moment désiré
Khadafi-Commission burlesque-Charesterie
Le monde roule, n'amasse que mousse
Double vision dans les corridors du Palais
Dans un vestiaire les hommes ont toujours 12 ans
Mais d'où me vient cette étrange rage de Doritos ?
Stationner sur un crescendo de guitare
Verre de vin, vers la fin
Je l'aime d'amour, ma courtepointe guatémaltèque
Silence s.v.p., ici on quitte le monde

20/10/2011

Christian Alexandrov

J'adore le Surréalisme et ceux-celles qui en font. C'est comme si à chaque fois je rencontrais une personne qui me disait: Bon, voici ma part de rêve, ce que j'ajoute au quotidien sans surprise pour rendre gloire à ce qui fait de moi un être remarquable: mon imagination, ma capacité d'inventer, de rêver.

Les premiers à me nourrir ont été les évidents du genre; Dali, Magritte, Bosch. Ensuite, au rythme d'une découverte aux quelques années, je me suis fait rappeler que l'au-delà du réalisme (mais qu'est-ce que la réalité ?) survivait toujours, en dilettante, sous d'autres courants plus populaire en Art, spécialement chez les Peintres.

Et puis, de temps en temps... un JACEK YERKA.

Ou un CHRISTIAN ALEXANDROV. 

ALEXANDROV est un jeune artiste multidisciplinaire bulgare de génie. Ses oeuvres, peintes, photographiées, montées en collage parfois, toujours ne mettant en scène que lui-même, son chien et quelques flamants roses, sont des portes ouvertes sur le rêve.

Un superbe fou.

Mais son oeuvre ne s'explique pas, elle se lèche avec les yeux. Alors voici:






05/10/2011

Steve Jobs



I-Mac... MacBook... I-Phone... I-Phone touch... I-Pad... I-Pod... I-Cloud... I-Tunes...

Vient de quitter notre monde brouillon, le Génial visionnaire Steve Jobs. 

Il y a une quelques années, un groupe de jeunes chercheurs est allé voir une élite de développeurs de programmes, qui déifiaient Napster à l'époque, et qui étaient confortablement bienheureux d'être contents d'être des leaders du développement technologique du temps... pour leur offrir de développer leur projet. 

Les jeunes chercheurs ont présenté leur idée. Ils se sont fait virer vite fait. On imagine la scène: "Allons les jeunes, soyez sérieux, ça n'a aucun sens". 

Sourires de fats satisfaits. Airs paternalistes. 

Un Steve Jobs encore chevelu a allongé le cou pour jeter un coup d'oeil. 

"Donnez-moi l'exclusivité et je mets 30 personnes sur le projet à temps plein jusqu'à ce quelque chose aboutisse". 

Quelques années plus tard naissait le I-Pod (et mourait le baladeur). 
 
Que tous les MacNiaques qui liront ceci, s'agenouillent devant leur Mac pour une minute de silence. 

R.I.P. Steve Jobs.
 

 










03/10/2011

la vie et La Vie



Il y a la suite des moments, qui emplissent le temps, qui passent sans trop de magie; on fait l'épicerie, on mange, on dort, on travaille en répétant les gestes archi-connus... et on recommence le lendemain.

Et il y a les rapides et subtiles ouvertures, des trous dans l'ordinaire, qui font voir que la vie, La Vie, est bien plus vaste que l'impression qu'on en garde au quotidien. Les moments de Déjà Vu, les Rêves Prémonitoires, le Chanelling, l'Unité de ce qu'on voit fragmenté... 

Ce genre d' "accidents" me fascine.

À 12 ans par exemple, un soir comme un autre, "je" suis sorti de mon corps à un moment donné pour aller flotter au-dessus de la porte de ma chambre et regarder dormir un type dans le lit de ma chambre. Ce garçon c'était moi. Confusion donc, et puis une inquiétude grandissante de ne pas pouvoir revenir dans ma chair d'emprunt, d'où mon retour précipité dans ce petit corps. Fin de l'extase.

Mais bordel, quelle F-A-B-U-L-E-U-S-E expérience.

Et quel magnifique cadeau de la Vie, si jeune, de réaliser qu'on est pas le corps et qu'on peut très bien, mais vraiment Très Bien, vivre sans lui. Effacer déjà, à 12 ans, avant même de lire le premier des dizaines de livres sur les sujets bonbons qui briquent la business du Nouvel-Âge, la mystique épeurante de la mort, c'est pas rien.

Le drôle de l'affaire c'est que dans les années suivantes, j'ai fait toutes sortes de tentatives et d'exercices pour répéter ce genre de sortie, sans jamais y parvenir. C'est comme bien d'autres choses dans la vie. L'amour par exemple diront certain-e-s; quand on le veut il se cache, et plus tard ça nous arrive alors qu'on n'attend plus.

On se lève et on se prépare un café. Et on s'apprête machinalement à re"v"ivre une journée, re"v" comme dans rêve... et "ivre". Étymologie intéressante, signifiant loin de la lucidité. On va et on fait, sans trop y penser, sans questionner la réalité du temps, sans curiosité, autrement qu' épisodique pour les autres niveaux de conscience, à peine perçus, comme une minuscule voix, présente mais si faible.

Mais toujours présente.

Il y a chez tout le monde je crois, au milieu de l'être, de l'âme si vous préférez, un petit gazouillis lumineux qui ne cesse jamais. Et qui est un rappel que la Vie est bien plus grandiose que le prêt-à-mâcher dont on se contente en ronflant.

On est des vivants qui ont oublié qu'on est des Vivants.