16/01/2018

Aimer les petits pois...

AIMER LES PETITS POIS.

L'amour, ah l'amour !

Noble programme, la matière avec laquelle on fait les grandes oeuvres quoi.

Et puis quelqu'un ajoute: "... des petits pois", et tout le sérieux fout le camp.

Je m'insurge pourtant contre votre sourire. Je veux que vous respectiez mon amour des petits pois.

Particulièrement les numéros 1 de LeSieur.

Pas facile d'aimer le plus élusif des légumes.

Vous essayez d'en piquer un et il fuit jusque sous les patates pilées.

Vous essayer de le ramasser à la fourchette... il monte vers le manche, vous montez l'ustensile vers la bouche, tout semble prometteur quand soudain, suicidaire, le petit vert se lance dans le vide et tombe dans la purée.

Dans le petit trou où vous avez mis la sauce.

Vous leur donnez des noms, pour les amadouer. Ou vous faites des équipes de 12, comme au soccer. Ou de 20.

Parfois vous vérifiez quel poids ils peuvent supporter avant de s'écraser.

Combien de pomme de terre pouvez-vous déposer sur une formation de 25 pois sans les écraser, hein ? Avouez que vous aimeriez avoir un chiffre, juste là.

Trouvez m'en des légumes avec lesquels vous pouvez pratiquer la science, tester les volumes et l'espace, tout en vous sustentant.

Certains pois sont de vrais poèmes. Une petite imperfection dans la courbe. Une couleur qui semble être inégale. Celui-là n'est-il pas un peu plus gros que ses confrères ? Horreur, ne serais-ce pas là un numéro 2 sorti d'une "canne" de numéros 1 ???

Parfois, vous en faites une affaire personnelle. Vous dites à celui qui est déjà tombé quatre fois de votre fourchette: "M'a t'avoir mon hos...".

Vous résistez à l'envie d'aller chercher une cuiller, ou de lécher l'assiette directement. Faut rester cool. Si vous tombez si bas, ce sont les pois qui ont gagné.

Vous regardez ailleurs, vous mangez un peu de purée, buvez un gorgée de vin, vous massez vos épaules, faites craquer votre cou, puis vos yeux reviennent à l'assiette.

Il y en a un dans le milieu qui vous regarde. Vous en êtes sûr, il vous défie !

Vous en avez écrasé deux ou trois pour moins que ça. Vous avez votre fierté quand même.

Vous brûlez 33 calories pour finalement en avaler un. Chaque pois doit apporter 32 calories à l'organisme.

Bref, à force de manger des pois vous allez perdre du poids.

C'est un épique combat qui ne fini qu'avec la reddition du dernier. Vous le mâchez, épuisé. Mais vous avez gagné.

Vous les aimez vous, ces petites boules-là. Et puis cette lutte pour les saisir, quand le succès est au bout, ça vous valorise.

Vous vous dites que vous avez un problème de santé mentale en pleine expansion si vous devez manger des petits pois pour vous valoriser.

Vous vous répondrez, peut-être, mais ceci n'est pas le sujet de ce billet.

Vous délirez.

Vous imaginez inviter une amie à souper et lui demander de couper vos petits pois pour vous parce que vous avez mal aux dents.

En regardant les murs de votre chambre, vous vous demander si... une tapisserie avec des petits pois...

Vous avez deux chats: Petit et Pois.

Bref, c'est plus de l'amour, c'est de l'obsession.

Vous vous dites qu'avec tout ça, il faudrait aller manger. Vérifier d'abord s'il reste des petits pois.

Alors vous vous levez, en clamant bien haut, comme le Général à l'époque:

VIVE LES PETITS... VIVE LES POIS... VIVE LES PETITS POIS LIIIIIIIIIIIIBRES !!!



26/11/2017

Rose et Thyphéon

   Un jeune homme et son amie se promènent par un beau soir d'octobre sur les chemins mal éclairés du parc Lafontaine. 
 
   Leurs mains soudées, ils sont l'image même du couple qu'on retrouverait sur un timbre-poste si les fonctionnaires fédéraux responsables du choix des objets et des événements à immortaliser, se penchaient davantage sur la beauté d'états comme celui-ci au lieu de ne viser que la commémoration d'un bâtiment sans âme ou d'une figure royale sans grand intérêt.
 
   Ils ont une petite heure à faire fondre avant de se rendre au bal des finissants du module de Théâtre. Ils sont vêtus à la manière des bourgeois du siècle dernier. Veston à queue et chapeau haut de forme pour lui, ample robe de velours rouge brodée de faux fils d'or pour elle.
 
   Pour bien camper leurs personnages dans le présent, ils ont décidé d'ajouter au décorum vestimentaire, la substance des mots et des idées de l'époque, bref, pour faire plus vrai, d'agir et de parler comme s'ils étaient ces gens. 
 
   Et comme il est plus difficile pour un poisson de respirer hors de l'eau que pour eux de s'exprimer sans emphase dramatique, formation oblige, le jeu devient rapidement celui des excès verbaux.

   Pour l'exercice ils se sont rebaptisé Thyphéon et Rose.
 
   La soirée est fraîche, les sentiments chauds, les feuilles tombent en tournoyant et quelques rares oiseaux frissonnent des cui-cuis. Mains dans le dos et le menton bien haut, Thyphéon s'arrête et s'adresse à Rose et aux nuages:
 
   - Rose, bien-aimée Rose, seule rose du bouquet de ma vie, sachez très chère que même avec vous à mes cotés, je sens un petit vide en moi. Ça me brise de vous le dire mais je ne peux me résoudre à vous cacher quoi que ce soit.
 
 C'est à peine le soupçon d'une ombre d'un manque impalpable, mais réel. Ma mie, pouvez-vous comprendre qu'il me faudrait vivre une expérience originale, nouvelle, parallèle à ce qu'offre mon étal quotidien? Quelque chose de grandiose, un test de la vie, un imprévu auprès duquel je pourrais vérifier la nature de ma fibre profonde? Pouvez-vous le comprendre Rose chérie? J'ai besoin d'un idéal, d'un défi...
 
   Rose déplace délicatement une feuille morte du bout du pied droit, avant de répondre.
 
   - Phéon, mon Phéon, aaaaah, Thyphéon de mon coeur, typhon de mes pensées, s'il en est ainsi mon compagnon, si c'est là votre désir le plus profond, amour, pourquoi ne tâtez-vous pas un peu de politique?
 
   Thyphéon, du talon de son soulier à boucle, remit où elle était la feuille que Rose avait déplacée.
 
   - Mais, chérie, ma rose éclose, faire de la politique serait beaucoup trop difficile. Vous laisser seule avec nos enfants à éduquer, vous n'y pensez pas? Cet emploi m'éloignerais bien trop souvent de vous pour m'empêcher d'y dépérir rapidement.

J'ai des idées à défendre, cela s'entend. Mais si le prix à payer pour aller en débattre avec des inconnus dans un parlement quelconque est de m'éloigner de vous, mon âme sœur, j'en mourrais. Non merci ma mie, pas de politique pour moi.

 
   Rose réfléchit en ramenant vers elle la feuille morte en appliquant l’arête de la semelle de son bottillon gauche sur la tige tout en initiant un mouvement rotatif.
 
   - Alors mon amour, ma raison de vivre, rendez-moi heureuse, comblez-moi de fierté, devenez athlète. Vous éblouirez le monde de vos exploits. Car pour vous Phéon, étoile de mon ciel, je sais, sans doutes possible, que seuls les Jeux Olympiques sont une option à la hauteur de vos talents et de vos capacités...
 
   Thyphéon, songeur, étale du bout du pied la feuille humide que Rose, par le mouvement qu'elle lui avait imposé, avait roulé sur elle-même.
 
   - Mais Rose, ma symphonie, vous savez bien que je n'ai pas le physique pour entretenir de tels espoirs. Et j'ai le cœur qui se gonfle de peine au simple constat qu'en vous disant ceci, je vous déçoit.
 
   Alors Rose, laissant transpercer un brin d'impatience, écrase la feuille du talon dans un mouvement de rotation qui l'assure de la mettre en morceaux.
 
   - Alors la musique, ou le cinéma. Ou devenez millionnaire, Phéon chéri. Vos seules limites sont celles que vous vous imposez. Vous cueillez au jardin de votre esprit pour moi, ce bouton de philosophie si souvent. Je vous le rends maintenant.
 
   Un peu agacé, Thyphéon disperse du pied les restes de la feuille. Il se permet un court silence avant d'ajouter:
 
   - Ma joie de vivre, je crois finalement que j'ai bien plus besoin de musique et de vin que d'un idéal. Si on allait maintenant visiter cette société qui nous attend?
 
   Les deux jeunes acteurs hésitent...puis sont incapables de réprimer un petit rire complice. Elle fait un petit saut de ballerine, taquine.
 
   Vous m'invitez alors? 
 
   Le jeune homme, encore tout à son rôle, soulève solennellement son chapeau et le colle à son torse.
 
   Si vous ne venez pas, je n'y vais pas non plus. 
 
   Sourires francs. Leurs mains se rencontrent. Ils quittent le parc sous la couronne volage de quelques hirondelles.
 
   Et une feuille morte vient couvrir parfaitement les restes de la précédente. 
 





11/05/2017

L'Anti-monde

Il existe peut-être, quelque part dans l'infini Univers, un monde qui, point pour point soit le contraire du nôtre.

Pourquoi pas ? Quelqu'un-e peut prouver le contraire ?

Dieu, si Elle existe, n'en serait pas à une première expression de Yin-Yang.

Un monde où, une jour de canicule marine, le bipède aquatique se dirait:

"C'est fou comme l'eau est chaude ! J'aimerais bien aller me glisser jusqu'à la taille dans un peu d'air pour me rafraîchir". 

 


03/12/2016

Leonard Cohen

Mon top 10 de Léonard Cohen;






A Thousand Kisses Deep

https://youtu.be/netfyjdNBrU

So Long Marianne

 https://youtu.be/cZI6EdnvH-8

Tower Of Song

 https://youtu.be/oiAuXRK3Ogk

Closing Time

 https://youtu.be/7-0lV5qs1Qw

First We Take Manhattan

 https://youtu.be/JTTC_fD598A

The Future

 https://youtu.be/D97OxHZzBeQ

Everybody Knows

 https://youtu.be/mEQldSi-heE

It Seemed A Better Way

 https://youtu.be/0nyMrjGX2vk

Sisters Of Mercy

 https://youtu.be/VT9k5NHCdvQ

You Want It Darker. 

 https://youtu.be/v0nmHymgM7Y



Merci Monsieur Cohen. 

08/10/2016

Dans la vallée, en bas...

Il y a la méditation et les étoiles, 
La spiritualité, comme on mâche de la gomme, 
Les libellules et les pensées pures...

Mais on prend un café, dans la vallée, en bas.

La musique douce ou noire, 
Les mots du monde, les maux du monde, 
La versatilité et le non-sens...

Mais on prend tous un café, dans la vallée, en bas...

Les fleurs le prouvent, le surplus est pour la joie,
On peut, on veut, on tente, on croit, on espère
C'est elle, c'est lui... qui a t-il d'autre ?

Et on reprend de ce café, dans la vallée, en bas...

Il y a un nuage qui s'étire, forme un mot,
E S... qu'est-ce que c'est, un P ? Ah, ESPOIR
Autant relire ta lettre alors.

Et je reprend de ce café, dans la vallée, en bas...

Une dernière chanson avant de quitter
Plus fort la guitare, plus doux les choeurs
Oh toi la tendresse, ne te gênes pas, t'as carte blanche

Viens prendre un café, dans la vallée, en bas. 









07/09/2016

!

L'AIDE 

C'EST 

VOUS

 







08/06/2016

Robert Plant


J’aime les vrais artistes. Ceux et celles qui ne carburent pas au succès, mais à l’expérimentation.

J'aime Robert Plant.

Pendant une décennie la voix la plus reconnue du Rock.

Plant. Led Zeppelin. Stairway to Heaven. La décennie 70.

Et puis il a regardé le chemin sur lequel il marchait depuis des années, et a constaté qu’il en connaissait chaque pierre, chaque brin d’herbe.

Ça n’a pas été sans frictions. Ses engueulades avec Jimmy Page avant les spectacles quand Plant refusait de chanter Stairway, sont connues.

Mais quand un artiste, un vrai, a été au top, s’il connait trop le chemin, il va marcher ailleurs.

Alors à leur dernière visite à Montréal, Led Zep n’a pas joué Stairway.

Horrible sacrilège a dit la presse.

Pendant que Plant se demandait déjà: « Je me demande ce que pourrais être le rock en ballade avec des influences arabisantes… »

Un artiste vrai ne vit jamais sur une recette.

Il explore sans cesse. 














07/05/2016

Quelques mots du curé



Il y a des soirs magiques.

De tous les coins de la paroisse, on vient communier.

Une rousse par son sourire. Un vieil Italien par son vécu.

Ils sont beaux jusqu’aux coudes, les humains.

Paroissiens d’un Univers fou. Messe des temps modernes.

Les poules pondent des oeufs d’or. 


Genesis avertit, le souper est prêt.

Il y a dans chaque geste, une source possible de plaisir.

Mais les gestes importent peu. C’est la perception qui compte.

Le plat est servi, trouverez-vous la sauce succulente ?

Trempez-y donc l’âme alors.

Pourquoi alors s’arrêter aux coudes ? Poursuivez jusqu’aux reins.

La Vie est une célébration du maximum de ce peuvent offrir tous les organes.

Dans mon cas ça se résume pas mal à une seule chose: 


J’ aime l’Humain. 



17/03/2016

Que voulez-vous, tout bouge.


On change.

Tellement qu'un jour, on ressemble davantage à un étranger de son âge qu'à celui qu'on a déjà été soi-même.

Tout fuit. (Parce que tout change). 

C'est heureux. Inévitable. Dans les paramètres de l'expérience physique, dont la définition est; "ce qui change sans arrêt", jamais ne cessent les artifices. 

Tout refus de changer avec elle devient sclérose encroûtante. 

A-t-on déjà vu un bouchon de liège jeté à l'eau ne pas suivre le courant de la rivière ?

Là où les mets servis par la Nature sont d'une variété infinie, il faut goûter à tout. 

Goûter. Et comprendre qu'ensuite il faut tout perdre. 

Pour faire de la place. Pour gagner du (de) nouveau. 

La Sagesse c'est apprendre à perdre avec joie. 

Dans un mouvement infini, majestueux, tout ce qui nous effleure est en permanente mutation.

L'observateur s'étonne. ébahi. Ou joue avec ses orteils. 

C'est là son seul choix.




 

02/02/2016

L'étonnement, dans le microscopique.


LA dernière bouché d’un gâteau Opéra, suivie de LA dernière lampée de l’expresso bien tassé.

Un peu de sable entre les doigts.

Ce croissant de lune qui s’apprête à se cacher derrière ce nimbus.

Cette foutue définition dont la réponse résiste. Qui vient, enfin. Complet le mot croisé.

Un souffle intérieur qui rappelle que l’univers est si vaste, tellement longtemps.

Une superbe phrase, d’un philosophe oublié.

Le voile à peine soufflé de la substance d’une femme, dans lequel on veut plonger.

L’encre du Mont-Blanc qui glisse sur le papier, comme huile sur bois.

Le détail. L’ombre du détail. La pensée de l’ombre de ce détail.

Quand l’intelligence se manifeste, qu’on est sa syntonie.

Quand, à quoi qu’il arrive, la réponse est « Cela est juste et bon ».

Quand le temps buissonnier est le bon degré, le juste souffle de vent, la précise fraîcheur.

Sur la rivière, saute la truite.

Dieu est dans le détail, je l’y ai rencontré.



01/02/2016

Joyce Carol Oates


Il y a des auteurs qui, quand vous les découvrez, vous dispensent de tous les autres pendant un bon bout de temps. 

Elle se nomme Joyce Carol Oates et a un talent rare. 

De conteuse. 

Pour développer un personnage. 

De maîtrise de la langue. 

Elle a du style. Est racée. N'a pas peur de déconstruire, de ne pas respecter des normes grammaticales. 

Bref, elle écrit divinement. 

Il faut lire ses nouvelles. La nouvelle est un art délicat. 

Raconter une histoire en 30 pages est plus difficile que de la raconter en 300. Pas de temps pour les transgressions. Il faut dire tout de suite. 

Il faut lire par exemple le recueil intitulé "Terres Amères", pour saisir l'ampleur de son talent. Elle cisèle le récit comme d'autres cisèlent des pierres précieuses. 

Dix lignes, et vous avez l'impression de bien connaître un personnage. 

Deux pages, et déjà c'est "Mais où est-ce qu'on s'en va ?". 

Les fins sont anodines. Rarement de grandes chutes. 

Sauf que deux heures après on pense encore au récit.

Et puis, cette tête-là !

Faite pour le cinéma muet des années 20.

Il y a des êtres qui ont le don de vous rappeler qu'il n'y a pas de mélange plus excitant chez l'humain que le Talent dilué dans l'Originalité. 



06/01/2016

Dans l'antre des vieux livres


Il existe un palmarès mondial des librairies de livres usagés. 

La plus grande d’entre elles et à Venise en Italie. 

Je viens de passer quelques heures dans celle qui occupe le deuxième rang. Elle est située à Detroit au Michigan. 

C’est un endroit fabuleux.Un immeuble délabré de 4 étages qui réchauffe en son coeur, plus d’UN MILLION de livres et 100,000 revues. 

Des murs jaunis par le temps. De vieux planchers de bois qui craquent. 

L’endroit est si peuplé de livres et tellement grand, que la seule question qu’on vous pose à l’entrée c’est; « Do you need a map ? ».

Parce que ça en prend une pour s’y retrouver. 

Vous laissez votre sac au comptoir. 

Et là vous partez à l’aventure. Comme un corsaire qui tient sa carte au trésor dans sa main en comptant ses pas. 

Comme Robinson sur une île de papier. 

Du premier plancher au plafond du quatrième, cet immeuble ne contient que des livres...