04/03/2019

Confiteor


Y'a des livres.

Et puis il y a LE livre qui efface tous les autres pendant des mois. 

Un an. Deux ?

Pas nécessairement un chef-d'oeuvre. Mais peut-être quand même. 

Gagnant d'un ou deux prix prestigieux. Dans ce cas-ci, meilleur roman étranger cette année-là. 

Ce qui vous fait revenir sur votre notion de chef-d'oeuvre. 

Parce qu'elle est où la définition ? 

La mienne ressemble à; 700 pages sans ennui. Mieux: 700 pages sans manque d'intérêt. 

Des semaines à déguster lentement, dans un sac à dos où se bousculent trois livres, et toujours sortir le même dans les transports en commun. 

Quoi d'autre ? Original ouais. Le point de vue du narrateur qui change souvent au milieu d'une phrase, d'un paragraphe. 

Déstabilisant, mais on s'y fait. 

Une écriture fluide. Des sentiments comme des blocs de béton. Une odeur de parfum qui flotte aussi. 

"Parfum" parce que tous les personnages sentent quelque chose. 

Certains puent. D'autres exhalent une effluve de transpiration. 

C'est très humain. 

Un délice. Pas comme un gros morceau de gâteau au chocolat. Plus comme une bouffe aux fruits de mer de 7 services. 

Variété de bons vins inclus. 


CONFITEOR,  

de  JAUME  CABRÉ







24/12/2018

24 décembre...

On fait quoi ? 

C'est le 24 décembre et deux options se sont offertes dernièrement. 

Vous avez refusé la tradition. On vous reproche de vous éloigner de l'amour familial. Vous avez prétexté la grippe, qui est un fait. 

Mais vous avez l'âme soulagée. Faut-il culpabiliser ? Est-il normal d’être soulagé d'être enfin en marche hors du cercle d'influence de la tradition ? 

Pas de dinde, pas d'effervescence devant une sapin qui clignotte. Mais une bouffe maison où vous avez gavé votre bol de poterie home-made de 200 grammes de pétoncles et 200 autres grammes de crevettes succulentes. 

Pas d'échange de cadeaux mais vous profitez de la date pour, au contraire, vous défaire de quelque chose. Une toile qui a régnée sur votre salon pendant une décennie. 

Perdre quelque chose parce que c'est Noël, c'est original. 

Le vin est Riesling, puis est Valpolicella. Fred Pèlerin vous rappelle sur Spotify les délices de la simplicité. 

Et d'un coup vous réalisez, que les Noël  traditionnels, c'est fini pour toujours. 

Et hop, une autre crevette...




 Mon réveillon 2018.

12/11/2018

Le génie



- "Maman, est-ce vrai que le génie ne cours pas les rues ?"

-"Mais tu vois bien ma fille que je marche lentement..."





16/08/2018

Le sourire vous va bien.

Partout. 

Tout le temps. 

Ça fait chaud à l'âme. Ça rassure l'insécure. Ça câline l'inquiet. 

C'est sans effort. Ça vient tout seul. 

Le sourire est l'élastique du rire. 

Pour peu qu'on ait trois dents, il devrait être obligatoire. Et se fondre au visage au moins 20 fois par jour. 

On doit ça à la race humaine. Car être né et vivre en ce monde, comporte certains devoirs. 

Comme faire sa part pour améliorer les choses. Autant que possible. 

Et sourire, c'est à peine la contribution d'un paresseux. 

C'est facile et gratuit. Les plus radins n'ont pas d'excuses. 

Et ça illumine un peu, pour un moment, l'auteur(e) et ceux qui sont touchés par son rayonnement. 

Souriez ! 

C'est un ordre. 



16/07/2018

Billard



Je me demande si les joueurs de billard, quand ils regardent un ciel étoilé, et voient ces points blancs s'aligner de manière anachronique, imaginent les angles dans lesquelles il faudrait les frapper pour qu'elles s'empochent dans les coins du ciel. 


21/05/2018

7 pas et une fenêtre.




 7 PAS ET UNE FENÊTRE


3 marches et une porte
Zoom passé/futur
7 pas et une fenêtre
Coup d'oeil sur soi-même
Photo fripée d'un vélo
Rouge et banane
Là où il n'y a pas de race
L’enfance
Dent qui tombe et dent qui pousse
7 pas et une fenêtre
Vapeurs élastiques
7 pas et une fenêtre
Un premier cheveu blond
7 pas et une fenêtre
Gumby passe sous la porte
7 pas et une fenêtre
Peiner ou laisser être ?
7 pas et une fenêtre
Fin de l'unidimensionnalité
7 pas et une fenêtre
Dons en action
Expérimentation
Manifestation
Imagination
Illimitation
Création
Relation

...

dialogue et choix de paix
faut-il maintenant poser des stores ?
sourire ouvert
yeux clos
mains dans les poches
l'esprit comme un éternuement
le menton dans les étoiles on regarde forcément en haut.


7 autres pas, une autre fenêtre
Tout est possible.

 

 

13/05/2018

Avec ces yeux-là...


Il y a des yeux qu'on arrive pas à définir.

D'où vient cet éclat ?

Ou encore;

Mauve ? Non, ça n'a pas de sens. Essaie encore. 

On a presque le goût de les remercier.

Je vous dois combien ?

Il y a des yeux qui ne se définissent pas. 

Ils se prennent comme un cadeau. C'est tout.  


 

11/05/2018

Une question comme ça...




Si nos genoux pliaient dans l'autre sens...

de quoi auraient l'air nos chaises ?



09/04/2018

Les lobes d'oreilles...


Ça m'est sauté à l'esprit au milieu d'un repas dans un petit resto vietnamien tout mignon. 

Entre le premier rouleau impérial et le premier brocoli coincé entre les baguettes. 

L'option 6A au menu. Demandez la sauce épicée si vous l'essayez. 

Je regardais ma petite voisine de table, héritière des oreilles de Monsieur Spock, et je me suis demandé: "Pourquoi les lobes d'oreilles ?"

À force de me faire expliquer, à l'école, sur le Net, dans les livres traitant de la biologie...que toutes les parties du corps ont leur utilité, virgule, je n'ai jamais compris le pourquoi du lobe d'oreille. 

Sur le grand canevas de l'évolution, qui a, au fil des millénaires, formé le corps humain de manière à l'adapter parfaitement à son environnement, je comprends l'utilité de toutes les pièces. 

Les organes. Le sang. La peau. Les yeux. Les oreilles. Les nerfs. Le cerveau. Les os. 

Bref, le dedans et le dehors. 

Mais c'est quoi l'idée des lobes d'oreilles ?

J'imagine mal notre amphibien-aïeul-nôtre qui, quand il est sorti de l'eau il y a quelques dizaines de millions d'années, se dire:

"Pourquoi ne pas évoluer de façon à ce qu'un jour, la race résultante de ce qu'on accouche aujourd'hui, ait sous les oreilles des bouts de peau pendants, sans os, sans nerfs  et sans muscles, que puissent alors décorer de petites pierres pendantes les humains de la race à venir ?".

Sérieux là là; Pourquoi les lobes d'oreilles ?

Je dirais que c'est l'espace que Dieu a laissé à l'humain pour une créativité de dernière minute.


30/03/2018

Communiquer...


L'humain.

Ne roucoule, ni ne jappe, ni ne rugit, ni ne...

Il utilise les mots auxquels il a d'abord collé un sens. 

Ces sens diffèrent pour tous. 

Les idées/concepts que représentent ces mots sont définis, puis compris, par des êtres différents. Il y a autant de perceptions que d'individus. 

Les mots ont des sens différents, parfois le même mot dans la même langue. Parfois le même orthographe. Et il y a toutes ces langues. 

Bref, avec les mots il y a des milliards de chances d'être mal compris ou de ne pas pouvoir bien expliquer le sens de ce qu'on tente d'exprimer. 

Mais pour l'instant, les mots c'est encore ce que l'humain a inventé de mieux pour communiquer. 

C'est quand même la Tour de Babel par rapport à ce que serait, par exemple, une communication télépathique directe. 

Essayez d'expliquer à quelqu'un qui n'en a jamais mangé, le goût de la pomme. 

Vous constaterez toute la limite des mots. 

Nous en sommes aux balbutiements du développement d'une manière plus efficace de communiquer. 

L'intuition vient en éclairs pour l'instant, accidentellement le plus souvent. C'est une vapeur. 

Quand elle coulera comme un ruisseau, notre communication sera claire. 

Le mensonge inexistant. 

On comprendra nettement mieux les animaux. 

On constatera combien la communication verbale faisait partie de la préhistoire du développement de l'humanité, que l'on croit aujourd'hui si évoluée. 




16/01/2018

Aimer les petits pois...

AIMER LES PETITS POIS.

L'amour, ah l'amour !

Noble programme, la matière avec laquelle on fait les grandes oeuvres quoi.

Et puis quelqu'un ajoute: "... des petits pois", et tout le sérieux fout le camp.

Je m'insurge pourtant contre votre sourire. Je veux que vous respectiez mon amour des petits pois.

Particulièrement les numéros 1 de LeSieur.

Pas facile d'aimer le plus élusif des légumes.

Vous essayez d'en piquer un et il fuit jusque sous les patates pilées.

Vous essayer de le ramasser à la fourchette... il monte vers le manche, vous montez l'ustensile vers la bouche, tout semble prometteur quand soudain, suicidaire, le petit vert se lance dans le vide et tombe dans la purée.

Dans le petit trou où vous avez mis la sauce.

Vous leur donnez des noms, pour les amadouer. Ou vous faites des équipes de 12, comme au soccer. Ou de 20.

Parfois vous vérifiez quel poids ils peuvent supporter avant de s'écraser.

Combien de pomme de terre pouvez-vous déposer sur une formation de 25 pois sans les écraser, hein ? Avouez que vous aimeriez avoir un chiffre, juste là.

Trouvez m'en des légumes avec lesquels vous pouvez pratiquer la science, tester les volumes et l'espace, tout en vous sustentant.

Certains pois sont de vrais poèmes. Une petite imperfection dans la courbe. Une couleur qui semble être inégale. Celui-là n'est-il pas un peu plus gros que ses confrères ? Horreur, ne serais-ce pas là un numéro 2 sorti d'une "canne" de numéros 1 ???

Parfois, vous en faites une affaire personnelle. Vous dites à celui qui est déjà tombé quatre fois de votre fourchette: "M'a t'avoir mon hos...".

Vous résistez à l'envie d'aller chercher une cuiller, ou de lécher l'assiette directement. Faut rester cool. Si vous tombez si bas, ce sont les pois qui ont gagné.

Vous regardez ailleurs, vous mangez un peu de purée, buvez un gorgée de vin, vous massez vos épaules, faites craquer votre cou, puis vos yeux reviennent à l'assiette.

Il y en a un dans le milieu qui vous regarde. Vous en êtes sûr, il vous défie !

Vous en avez écrasé deux ou trois pour moins que ça. Vous avez votre fierté quand même.

Vous brûlez 33 calories pour finalement en avaler un. Chaque pois doit apporter 32 calories à l'organisme.

Bref, à force de manger des pois vous allez perdre du poids.

C'est un épique combat qui ne fini qu'avec la reddition du dernier. Vous le mâchez, épuisé. Mais vous avez gagné.

Vous les aimez vous, ces petites boules-là. Et puis cette lutte pour les saisir, quand le succès est au bout, ça vous valorise.

Vous vous dites que vous avez un problème de santé mentale en pleine expansion si vous devez manger des petits pois pour vous valoriser.

Vous vous répondrez, peut-être, mais ceci n'est pas le sujet de ce billet.

Vous délirez.

Vous imaginez inviter une amie à souper et lui demander de couper vos petits pois pour vous parce que vous avez mal aux dents.

En regardant les murs de votre chambre, vous vous demander si... une tapisserie avec des petits pois...

Vous avez deux chats: Petit et Pois.

Bref, c'est plus de l'amour, c'est de l'obsession.

Vous vous dites qu'avec tout ça, il faudrait aller manger. Vérifier d'abord s'il reste des petits pois.

Alors vous vous levez, en clamant bien haut, comme le Général à l'époque:

VIVE LES PETITS... VIVE LES POIS... VIVE LES PETITS POIS LIIIIIIIIIIIIBRES !!!



26/11/2017

Rose et Thyphéon

   Un jeune homme et son amie se promènent par un beau soir d'octobre sur les chemins mal éclairés du parc Lafontaine. 
 
   Leurs mains soudées, ils sont l'image même du couple qu'on retrouverait sur un timbre-poste si les fonctionnaires fédéraux responsables du choix des objets et des événements à immortaliser, se penchaient davantage sur la beauté d'états comme celui-ci au lieu de ne viser que la commémoration d'un bâtiment sans âme ou d'une figure royale sans grand intérêt.
 
   Ils ont une petite heure à faire fondre avant de se rendre au bal des finissants du module de Théâtre. Ils sont vêtus à la manière des bourgeois du siècle dernier. Veston à queue et chapeau haut de forme pour lui, ample robe de velours rouge brodée de faux fils d'or pour elle.
 
   Pour bien camper leurs personnages dans le présent, ils ont décidé d'ajouter au décorum vestimentaire, la substance des mots et des idées de l'époque, bref, pour faire plus vrai, d'agir et de parler comme s'ils étaient ces gens. 
 
   Et comme il est plus difficile pour un poisson de respirer hors de l'eau que pour eux de s'exprimer sans emphase dramatique, formation oblige, le jeu devient rapidement celui des excès verbaux.

   Pour l'exercice ils se sont rebaptisé Thyphéon et Rose.
 
   La soirée est fraîche, les sentiments chauds, les feuilles tombent en tournoyant et quelques rares oiseaux frissonnent des cui-cuis. Mains dans le dos et le menton bien haut, Thyphéon s'arrête et s'adresse à Rose et aux nuages:
 
   - Rose, bien-aimée Rose, seule rose du bouquet de ma vie, sachez très chère que même avec vous à mes cotés, je sens un petit vide en moi. Ça me brise de vous le dire mais je ne peux me résoudre à vous cacher quoi que ce soit.
 
 C'est à peine le soupçon d'une ombre d'un manque impalpable, mais réel. Ma mie, pouvez-vous comprendre qu'il me faudrait vivre une expérience originale, nouvelle, parallèle à ce qu'offre mon étal quotidien? Quelque chose de grandiose, un test de la vie, un imprévu auprès duquel je pourrais vérifier la nature de ma fibre profonde? Pouvez-vous le comprendre Rose chérie? J'ai besoin d'un idéal, d'un défi...
 
   Rose déplace délicatement une feuille morte du bout du pied droit, avant de répondre.
 
   - Phéon, mon Phéon, aaaaah, Thyphéon de mon coeur, typhon de mes pensées, s'il en est ainsi mon compagnon, si c'est là votre désir le plus profond, amour, pourquoi ne tâtez-vous pas un peu de politique?
 
   Thyphéon, du talon de son soulier à boucle, remit où elle était la feuille que Rose avait déplacée.
 
   - Mais, chérie, ma rose éclose, faire de la politique serait beaucoup trop difficile. Vous laisser seule avec nos enfants à éduquer, vous n'y pensez pas? Cet emploi m'éloignerais bien trop souvent de vous pour m'empêcher d'y dépérir rapidement.

J'ai des idées à défendre, cela s'entend. Mais si le prix à payer pour aller en débattre avec des inconnus dans un parlement quelconque est de m'éloigner de vous, mon âme sœur, j'en mourrais. Non merci ma mie, pas de politique pour moi.

 
   Rose réfléchit en ramenant vers elle la feuille morte en appliquant l’arête de la semelle de son bottillon gauche sur la tige tout en initiant un mouvement rotatif.
 
   - Alors mon amour, ma raison de vivre, rendez-moi heureuse, comblez-moi de fierté, devenez athlète. Vous éblouirez le monde de vos exploits. Car pour vous Phéon, étoile de mon ciel, je sais, sans doutes possible, que seuls les Jeux Olympiques sont une option à la hauteur de vos talents et de vos capacités...
 
   Thyphéon, songeur, étale du bout du pied la feuille humide que Rose, par le mouvement qu'elle lui avait imposé, avait roulé sur elle-même.
 
   - Mais Rose, ma symphonie, vous savez bien que je n'ai pas le physique pour entretenir de tels espoirs. Et j'ai le cœur qui se gonfle de peine au simple constat qu'en vous disant ceci, je vous déçoit.
 
   Alors Rose, laissant transpercer un brin d'impatience, écrase la feuille du talon dans un mouvement de rotation qui l'assure de la mettre en morceaux.
 
   - Alors la musique, ou le cinéma. Ou devenez millionnaire, Phéon chéri. Vos seules limites sont celles que vous vous imposez. Vous cueillez au jardin de votre esprit pour moi, ce bouton de philosophie si souvent. Je vous le rends maintenant.
 
   Un peu agacé, Thyphéon disperse du pied les restes de la feuille. Il se permet un court silence avant d'ajouter:
 
   - Ma joie de vivre, je crois finalement que j'ai bien plus besoin de musique et de vin que d'un idéal. Si on allait maintenant visiter cette société qui nous attend?
 
   Les deux jeunes acteurs hésitent...puis sont incapables de réprimer un petit rire complice. Elle fait un petit saut de ballerine, taquine.
 
   Vous m'invitez alors? 
 
   Le jeune homme, encore tout à son rôle, soulève solennellement son chapeau et le colle à son torse.
 
   Si vous ne venez pas, je n'y vais pas non plus. 
 
   Sourires francs. Leurs mains se rencontrent. Ils quittent le parc sous la couronne volage de quelques hirondelles.
 
   Et une feuille morte vient couvrir parfaitement les restes de la précédente.