09/07/2011

La Tourniquette Soufflée


   J'écris. Des courriels, des listes, des notes, des messages, des mots croisés, des poèmes, sur ce blog... et quand il me reste du "jus", j'invente un ou deux personnages, j'accroche une anecdote du quotidien et j'écris une histoire. J'écris parce que c'est pour moi l'ultime thérapie. Je suis convaincu d'ailleurs, et je ne changerai pas d'idée là-dessus avant que les moutons sautent en parachute, que tous ceux-celles qui écrivent le font d'abord par auto-thérapie. Et puis j'écris presqu'autant, mais ensuite, pour la communication. J'aime dire et écouter, comme tous les humains.

La saison chaude est arrivée 

Anecdote majeure
Voici l'historiette qui m'est née
Excusez la longueur.               



                        LA TOURNIQUETTE SOUFFLÉE




    Depuis quelques années déjà, les relations Canado-Américaines sont bordées de la dentelle de l'harmonie. Bons amis, le vieux couple a trouvé une certaine maturité dans ses rapports.

    L'un ayant souvent ce que l'autre n'a pas; un petit traité préférentiel sur l'utilisation de l'eau par exemple vaut à l’autre un appui marqué de l'armée la plus puissante au monde, dans d’autres circonstances.

    Ce genre d’échange de bon ton.

    Au fil des années les deux pays ont trouvés un net intérêt à bien s'entendre. Et puis, de toute façon, certains problèmes étant communs, il vaut mieux être deux qu'isolés pour y faire face. 

    Comme dans le cas du réchauffement climatique de la planète.



    En 2025, il fait chaud. TRÈS CHAUD.

    Particulièrement dans les pays qui bordent de plus ou moins près la ligne équatoriale.

    Au Québec, un homme vient de faire ses premiers pas en politique municipale. Roger Bontemps. Il est pratique et efficace, mais surtout capable de proposer des options imaginatives aux problèmes actuels. Pour les défis énormes et nouveaux auxquels la planète fait face aujourd’hui, les solutions doivent être originales et dépasser les petits intérêts de chacun.

    Bontemps a déjà compris ça.

    Depuis quelques décennies, beaucoup a été tentée pour freiner, ou seulement ralentir, la hausse effarante des températures. Mais l'aveuglement des pays riches à consommer toujours plus et l'inconscience des puissants devant le danger n’ont pu empêcher la détérioration de s'accélérer.

    En 2025, la race humaine est démunie devant ce qui semble être inévitable. La Terre et ses enfants, étouffent.



    C'est le 6 juin 2025 que Roger Bontemps propose sa solution au Conseil des Élus de la Ville de Montréal. Elle a déjà un nom qui marquera l’Histoire;

    La Tourniquette Soufflée.


    Dire que dès le début Bontemps a fait rire de lui avec ce concept, serait en dessous de la vérité. Avant même d'avoir lu une seule ligne du contenu du document exposé à ses pairs, la plupart  des gens se bidonnaient de son titre loufoque.

    Beaucoup plus tard seulement, on a pu commencer à dire « Ah oui, l’été 2025… l’année où Bontemps a sauvé la Terre avec sa Tourniquette … ». Comme on dit aujourd’hui encore « l’année de l’Expo » ou bien, « l’année où l’Homme est allé sur la Lune ».

    Mais en 2025, même le vieux Chapleau, caricaturiste à la retraite depuis des années, a repris du service pendant quelques semaines à titre contractuel pour dessiner aussi brillamment qu'à l'habitude, les états d'âme de ses concitoyens face à la Tourniquette Soufflée.

    C’est-à-dire, s’en moquer.

    Et l’humour Québécois, qui ne manque pourtant jamais de matériel à satire lui a fait une place de choix.

    Depuis, les Québécois ont baptisé « Tourniquette » tout ce qui ne fonctionne pas très bien. Humains inclus. Le mot est devenu un synonyme de déficience, sous toutes ses formes.

    "T'as pas l'air en forme ce matin, t'aurais pas la Tourniquette par hasard ?"

    Ce genre de choses.

    Pendant ce temps,  Roger Bontemps laisse dire. Il se contente de demander calmement aux journalistes qui l'interrogent, pourquoi, étant donné l’état désastreux dans lequel se trouve le monde,  ne pas donner une chance à son idée ?

    Le bon peuple a fini par se calmer un peu. On a fait le tour du ridicule possible, à un moment donné.  Et puis, de quoi s'agit-il AU JUSTE ? Si on jetait un œil sur le contenu maintenant ?

    Le temps est venu, se dit Bontemps, de s'expliquer plus en détails.

    Il publie alors un petit livre de quelques dizaines de pages, dans lequel il explique comment il compte  procéder pour éliminer les désagréments pour l'humain du réchauffement climatique. L'idée se base sur un fait indéniable;

    Quand il fait chaud quelque part sur la planète, il fait froid ailleurs. L'été ici, c'est l'hiver là-bas. C’est irréfutable. 

    Bontemps fait quelques présences dans les médias. Autour de lui, on tend l'oreille avec plus d'intérêt. Le petit livre se vend bien. Suscite des débats.
 
    Et son idée prend le bâton du pèlerin. 

    Il propose donc à une ville du sud des États-Unis de se jumeler à Montréal. Tampa Bay, en Floride, étouffant sous d'épouvantables canicules à chaque été maintenant, accepte, malgré le coté farfelu de ce qui lui est proposé.

    On en est là; mieux vaut l'improbable que de ne rien faire du tout.

    Bontemps fait un saut en Floride pour expliquer en détails aux locaux ce que l'expérience implique. Puis il revient à Montréal pour finaliser les derniers préparatifs de la première expérience qui doit avoir lieu dans la nuit du 24 juin 2025, le jour de la Saint-Jean Baptiste.

    Cette nuit là, à deux heures, le mercure indique à Montréal un joli 15 Celsius. Un temps presque frais selon les normes modernes. Au même instant, à
Tampa Bay, avec un taux d'humidité frisant les 90%, il fait toujours plus de 35 Celsius.

    L’idée ne manque pas de culot. Un homme propose à ses frères humains d’influencer la Nature pour le bienfait de tous. Un rendez-vous est donné aux gens de bonne volonté au centre-ville, au beau milieu de la nuit. Quelques explications sont données, couvertes par quelques rires.

    Au signal de Bontemps, la masse des volontaires  entassés sur la rue Sainte-Catherine se tourne le visage vers le nord et chacun prend une profonde inspiration.

    Des centaines de personnes inspirent l’air plus frais descendu du nord. Un tas de gens, deux fois plus de poumons.

    Trois secondes plus tard, il ne fallait surtout pas garder l'air en soi trop longtemps et ainsi le réchauffer, la foule se tourne en bloc vers le sud et expire l’air frais en direction de Tampa Bay.

    C’est le début d’un temps nouveau.

    Ce mouvement de rotation de 180 degrés, cet aller-retour entre faire face au nord, puis au sud, pour en inspirer, puis expirer l’air, c'est la Tourniquette Soufflée.

    Cette première mondiale dure une heure. Il y a   quelques étourdissements, une femme perd conscience, mais dans l'ensemble c’est un succès. Bien peu croient que cela va changer quoi que ce soit, où que ce soit. La plupart des originaux présents sont juste contents de participer à quelque chose de nouveau et d'unique. Ils pourront dire plus tard: "J'étais là".

    Quelques heures plus tard, à l'aube, Bontemps reçoit les premiers relevés de météo qu'il a demandée. Une compilation complexe de données qu'il serait fastidieux d'étaler ici, a été recueillie par le Centre Canadien de Météorologie en lien avec son équivalent Floridien, avant, pendant et après le regroupement des premiers Tourniquetteurs et Tourniquetteuses.

    Au bout de savants calculs, une conclusion s'impose:

    L'exercice a permis de baisser d'un dixième de degré la température ressentie dans la ville jumelle.

    Un tout petit dixième de degré. Mais une baisse quand même.

    Le lendemain, la chose est humblement rapportée dans quelques journaux. Les titres sont moqueurs et les articles courts. Un d’eux souligne même « l'échec lamentable » de ce prétentieux essai. Et Chapleau qui remet ça.

    Au fond, c’est l’été, les nouvelles sont rares, l’actualité roule au ralenti, et on en parle faute d’avoir mieux à se mettre sous la dent.

    Seul Roger Bontemps sourit d'aise. Visionnaire, il est déjà ailleurs, plus tard. Pour la première fois de l'Histoire, l'être humain, sans outils ou artifices, vient d'influencer de manière volontaire, et non accidentelle, la température ambiante. Ce n’est pas rien. Et puis, si un dixième de degré c'est peu, quelques centaines de participants c'est également peu. 


    Les semaines suivantes, l’expérience se multiplie et le phénomène devient pancanadien. Toronto est jumelée à Houston au Texas. Vancouver se noue d'amitié avec Mexico.

    Québec, Ottawa, Hamilton, Halifax, Edmonton et Calgary se cherchent une âme sœur. Même intérêt de la part des plus petites villes. Trois-Rivières et Medecine Hat votent ce soir même en ce sens.

    La Tourniquette Soufflée prend de l'ampleur.

    Le gros de l'été est maintenant passé dans l'hémisphère nord. Septembre arrive au Canada et les extrêmes températures estivales dans le sud des États-Unis se font plus rares.

    C'est le temps d'un premier bilan.

    Le phénomène a donné quelques résultats probants. Les marges sont faibles et demeurent sous la barre d'influence d'un degré Celsius, mais elles sont constantes. Aussi modestes soient-ils, les résultats sont RÉÈLS.

    En outre, plus on examine les effets secondaires d'une telle pratique, plus on y trouve des bénéfices intéressants. D’autant plus étonnants qu’on ne les avait pas prévus;

    Au bout de la première saison de cet exercice particulier, le Ministère de la Santé du Québec publie des statistiques dont voici quelques faits marquants;

-    Une saine compétition s'établie entre certaines villes d’un même pays ou d’une même région.

    Par exemple, le meilleur résultat obtenu jusqu'ici l'a été à Montréal. Un groupe de 16,789 participants a réussi l'exploit de descendre de .7 degré Celsius la température de Tampa Bay le 30 août 2025. Un record qui, naturellement, déplait aux Torontois qui, jusqu'ici, n'ont pu faire mieux qu'une réduction de .5 degré pour Houston.

    Chaque nouveau rassemblement dans les deux villes, réuni donc de plus en plus de gens, Montréal voulant ainsi protéger son record et Toronto voulant le lui ravir.

    Un peu partout, pour des raisons semblables, la participation gonfle à chaque semaine. L’exercice de respiration profonde, au grand air et en groupe, est considéré comme sain et un excellent remède à la solitude. Le Ministère applaudit donc ces résultats et espère que la tendance à la hausse se maintiendra.

    - Le Ministère conclu également, après avoir consulté un groupe de médecin, que la pratique régulière de la Tourniquette Soufflée, et le contrôle du souffle qui en résulte, est un exercice qui aide à libérer les toxines de l'organisme. Un passage du rapport suggère même que les femmes enceintes qui participent régulièrement à une Tourniquette Soufflée, augmentent d'environ 17% leurs chances d'avoir un accouchement sans problème.

    - Coïncidence ou pas, certaines maladies pulmonaires comme l'emphysème et l’asthme, semblent déjà bénéficier du "traitement", bien qu'il soit beaucoup trop tôt pour parler d'une tendance de fond. De la même manière, on ne peut pas encore affirmer que la réduction récente des fumeurs au pays est le fait de la Tourniquette Soufflée, ne serait-ce qu'en partie. Mais la chose ne serait pas étonnante, ajoute le Ministre.



    Début octobre, Bontemps fait sa deuxième tournée américaine.

    Maintenant que le train est sur les rails et que les Canadiens ont, même très légèrement, allégé les Américains du sud de leurs températures extrêmes, il est temps de penser en terme de rétribution. Autrement dit; "C'est à notre tour".

    Les gens du Sud se sont bien volontiers conformés à cette demande. Pas autant par altruisme que parce qu'il s'agit là d'un investissement pour plus tard. Les saisons se suivent, les besoins aussi. Ce qu'on donne comme souffle aujourd’hui, on appréciera d’en recevoir la contrepartie plus tard.

    Bontemps demande donc aux gens de Tampa Bay de rendre la pareille aux Montréalais en leur soufflant de l'air du sud vers le nord, pendant les trois plus gros mois d'hiver au Québec. Les autres maires l'accompagnent pour faire une demande similaire aux autres villes impliquées.

    Cet hiver là, la marque du Un Degré Celsius est dépassée grâce aux Floridiens, phénomène d'autant plus étonnant qu’à Tampa Bay la moyenne d'âge de la population est parmi les plus élevées des villes participantes. Le 27 janvier 2026 donc, alors qu'il aurait dû faire moins 19 à part du facteur vent, les Montréalais ont eu droit à une pointe quand même glaciale de moins 17.8 Celsius à l'heure du souper.

    Étant les premiers à briser le "Mur du Degré", les Floridiens ne se sont pas gênés pour tapisser leur fierté dans les journaux. Une plaque commémorative a même été placée dans un parc à l'entrée de la ville, plaque sur laquelle est gravée une représentation du Dieu Éole qui souffle son air vers Montréal.

    Bientôt, la Tourniquette Soufflée fait ses racines dans tous les pays du monde. Bombay est jumelée à Moscou. Pékin et Stockholm se sont liées. Beaucoup d'autres sont devenues des paires. Les journaux du monde rapportent des résultats intéressants. On ne se moque plus de cet obscur politicien Québécois dont on massacre le nom dans toutes les langues. Il y a maintenant du respect dans les voix de ceux qui en parles.

    La Tourniquette Soufflée prend une telle ampleur que parfois plus de la moitié de la population totale d'une ville participe à cette messe. Dans plusieurs villes, les "cérémonies" sont maintenant quotidiennes.

    L’exercice attirant maintenant des masses imposantes, le nombre de souffles se multipliant, la qualité des résultats augmente de manière exponentielle.

    Le 3 mars 2027, New Delhi devient la première ville à dépasser la différence de deux degrés Celsius. Les poumons indiens ont fait ce cadeau aux habitants reconnaissants d'Helsinki, un soir de tempête de neige en Finlande. À peine 6 semaines plus tard, Buenos Aires franchit la barre des 3 degrés au profit de New York.

    Depuis, on ne s'étonne plus de rien.

    La pression sociale devient plus forte sur les paresseux. Il est maintenant mal vu, perçu comme égoïste, de rester chez soi le soir, au lieu de faire sa part pour améliorer le sort de gens qui n'ont pas la chance d'avoir une clémente journée. De plus en plus, ceux qui se désintéressent de la Tourniquette Soufflée le font au risque de perdre l'estime de  proches et d’amis.

    Roger Bontemps, nouveau Ministre de l'Environnement du Gouvernement Québécois, est invité à prononcer un discours à l'ONU le 24 juin 2028, jour du troisième anniversaire de la première Tourniquette Soufflée de l’Histoire.

    L'an 2028 sera pour lui un tremplin fabuleux. La race humaine entière semble maintenant en voie d'adopter son plan et il est déjà acquis que le prix Nobel de cette année peut difficilement lui échapper.

    On décrète que le 6 juin de chaque année, date choisie pour souligner l'anniversaire du jour où pour la première fois il a expliqué l'idée de la Tourniquette Soufflée au Conseil de Ville de Montréal, sera la Journée Internationale du Souffle.

    Le phénomène s'amplifie à tous les jours et n’exclu plus aucun peuple, aucun pays.
Aucun dirigeant, fut-il dictateur, ne refuse à son peuple le plaisir de vivre un peu mieux les saisons les plus difficiles. Au-delà des systèmes politiques divergents, les visées du bien-être sont les mêmes pour tout le monde. La participation est dans l’intérêt de chacun.

    On estime que c'est en 2065 que la Tourniquette Soufflée est devenue permanente et mondiale. Que partout sur la Terre, une fois par jour, la grande majorité des habitants d'une ville souffle vers une autre ville, l'air qu'il lui faut pour se porter mieux. C'est maintenant une marée sans fin. Comme un courant qui fait danser une algue, vers l'avant, puis l'arrière, sans arrêt.

    Les températures se sont maintenant passablement adoucies et tempérées partout sur le globe. Les écarts sont bien plus étroits aujourd’hui. À Montréal, l'hiver, le mercure ne descend que rarement sous les moins 10. L'été, plus 20, c'est la norme. Et l'amélioration conséquente de la santé générale de la population sauve des milliards de dollars en soins au gouvernement.

    Toute la planète a pris le pli. Tous les jours, un formidable souffle, sud-nord ou nord-sud, selon les endroits, est lancé par les poumons, créant une danse à laquelle tout participe; les fleurs, les courants d'eau, les nuages…

    Toute la Création suit le rythme.

    Bientôt, la démarche même des humains s'est adaptée. Le dandinement latéral habituel a fait place à un balancement du haut des corps, de l'avant vers l'arrière... vers l'avant... vers l'arrière... vers l'avant...

    Dans les années qui suivent, la planète au complet, comme une immense boule sur le billard de l'Univers s’ajuste à ce rythme. Au mépris de son ancien centre de gravité, étrangement, sans que les êtres vivant sur elle en souffrent.

              
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    À une distance incommensurable de là, au cœur de la galaxie d'Andromède, une race a la Terre à l'œil depuis quelques millénaires.

    Un être magnifique, presque transparent, dont chaque geste semble irradier un peu de couleur et produire quelques sons subtils, comme une caresse sur un gong, s'éloigne un peu du prisme sur lequel il était penché. Son visage lumineux se tourne vers ses pairs, dont l'aura chatoyant illumine un coin de cette immense pièce aux allures de cathédrale.

    Il lance, télépathiquement;

    "Ça y est. La Terre, à son tour, vient de commencer à danser."





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oups...

04/07/2011

Rondeurs-2



La lecture-farniente; Une activité ronde.

Les rondeurs



Les rondeurs donc. 

J'imagine d'ici un jeune pubère d'une quelconque région dont le nom se termine par "ikstan" qui salive devant son écran. Ahhhhh, les rondeurs. Le Québec, les Québécoises, l'été est finalement chaud là-bas, et voici les rondeurs.... aaaaaaahhhhh...

Eh bien mon cher Iztvak, voici mon intro:

Les mots et les choses ont des rondeurs.

Iztvak: "Non ! Pas ça man, la rondeur des mots et des choses ? Come on man. C'est l'été ! Les rondeurs en juillet au Québec... man, pas vrai, pas les mots et les choses..." (Traduction libre du Kasthiknaktukanais).

L'auteur; "Mon cher Iztvak, il y a des sites pour ça. Respire profondément et sache que Jésus t'aime."

Donc:  je faisais ce que je fais superbement bien tantôt sur la balcon, c'est-à-dire rien ou si peu, regardant oiseaux et secondes défiler, quand m'est apparue une évidence: On retrouve le concept de la rondeur dans toutes les facettes de la vie. 


Le mot "rond" ultime par exemple doit être originaire du français: Ouaouaron. Je pourrais vous expliquer pourquoi longuement, mais pourquoi justement, c'est si clair: Oua-oua et puis ron. Existe t-il une autre mot dans une langue utilisant notre alphabet qui débute par SIX voyelles ? C'est un mot exceptionnel de par sa structure et sa musicalité. 

Regardez vos lèvres quand vous le prononcez: vous embrasser littéralement l'espace devant vous (où j'irai tendre la joue si vous m'invitez... ). En fait, si le Ouaouaron n'étais pas si laid je porterais fièrement ce vocable comme nom de famille.

J'imagine, j'ai 10 ans, et ma mère sur le balcon: 


"Zoukplouf Ouaouaron, viens souper !" 

Non mais ça a de la gueule quand même... Et puis à l'adolescence, entourée de filles qui murmurent: 

"Hum, avec un nom comme ça...

Iztvak: "Des filles avec des rondeurs ?"

"Oui oui... laisse-moi finir... alors elles se disent, avec un nom comme ça, au lit, tu dois être drôlement... hummmm, superbement...

Iztvak: "Batracien !"

"........"


Un autre mot rond est "Suissesses". En fait ce n'est plus un mot, c'est une vrille. C'est à donner le vertige tous ces S. SIX S, aucunes autres consonnes. C'est un mot... euh, excusez-moi... Oui Iztvak ? (L'auteur roule les yeux vers le haut); Mais bien sûr que les Suissesses ont des rondeurs !

Les gestes ont aussi des rondeurs. Lacer ses souliers est un geste "rond". Le corps se plie, le dos s'arrondit, les bras enlacent l'espace de coté en parenthèses.

Et puis, y a t-il une gestuelle plus ronde que de préparer un cornet de crème glacée ? D'abord, il me semble que dans mon souvenir, le serveur ou la serveuse est d'habitude déjà un peu rond(e). La cuiller est ronde, la cueillette de la crème glacée est un moulinet du bras, le cornet et la boule sont ronds, toute l'expérience de l'achat d'un cornet est ronde.

D'ailleurs en général le sucré prend des formes rondes: biscuits, gâteaux, muffins, gommes, bonbons... alors que le sel se disperse, nappe de ses grains ce qu'il recouvre à l'avenant.  D'ailleurs qu'est-ce qui est rond et salé dans la nature ? Une rondelle de hockey dans une boîte Sifto à la rigueur...

J'imagine aussi des émotions rondes. Les plus douces, les plus lentes. La nostalgie, la paresse surtout. Errer c'est rond. Même qu'errer sans but c'est tourner en rond. Je crois que lire c'est rond aussi. En tous cas, la lecture "farniente". La Presse du samedi dans un gros fauteuil de coton. Ça c'est rond.

Et enfin, l'amour, en fleuve ou en ruisseaux. Pas le sexe. Trop d'angles et d'aspérités dans le sexe. Le sexe est une pique délicieuse, mais ce qui pique ne peut pas être rond. Oui je sais l'amour pique aussi. Mais... l'attente, l'espoir (non seulement l'espoir est rond mais il est jaune !), la boule à l'estomac, (c'est rond une boule), le feu à l'imagination, (l'imagination ne peut pas ne pas être ronde), les fantasmes (comment un fantasme pourrait-il avoir un coin) ? 


Qui a déjà dessiné un sourire enfant a fait un demi rond. Les yeux qui charment. Toute la mécanique de l'amour est faite de rondelles.

Je grimpe sur mon socle et le clame bien haut et fort: L'amour est rond !




La lecture-farniente. Une activité ronde.

24/06/2011

Bonne Fête Québec !



 Je lève mon verre de bulles, pour toi. 

Puisse ta créativité et ton amour toujours exprimés de manière un peu brouillonne, bouillonner une autre année.

Puisse ta musique continuer de charmer et faire danser, étonner et faire dire aux autres francophones: "Hey ? Mais qu'est-ce qu'il dit là ?"

Puisse ton indécision politique, dont l'aiguille oscille entre Charmant et Enrageant, arriver à terme un jour.

Puisse tes "Quand qu'on", "Si j'aurais" et autres "ben tsu veux tsu genre, comme", ne jamais forcer l'Académie Française à les inclures dans un dictionnaire de québécismes. PAR CONTRE, puisse tes plus jolies expressions, écraser, MALGRÉ les choix "franglais" de ladite Académie, les habitudes américanisées des plus influençables d'entre nous. 


Et que, pour de bon, "COURRIEL" s'impose au lieu du crasseux "É-MÈLE" ! Faut cesser de cueillir des pissenlits dans un champ de lilas !

Puisse la beauté époustouflante de ton territoire, toujours être une source de fierté et une motivation pour le garder propre et sain.

Puisse ton goût de la fête ne jamais te quitter.

Puisse la beauté et la grâce de tes femmes faire l'envie des mâles du monde entier, tiens.

Puisse le développement de tes bières artisanales, tes fromages et autres produits d'un terroir riche et varié, poursuivre sa croisière.

Puisse ton humour unique, ces histoires et anecdotes faites de la fibre de ta propre laine, continuer à faire tressauter nos rates.

Puisse les espoirs de tes enfants, qu'ils rêvent petit ou grand, coudre la plus belle des courtepointes.

Et surtout, puisse ta Culture, ton Art, ta Littérature de plus en plus métissée, ta Beauté Unique façonnée comme un caillou rond qui roule parmi les galets d'une rive faite de  de voisins anglo-saxons... 6 millions de francophones, 330 millions d'anglophones sur un continent serré comme un étau par les deux plus grands océans du globe... et 4 siècles plus tard tu es toujours là ... eh ben, coup de chapeau admiratif ! ... puisse cette beauté continuer de faire sourciller et énerver, on s'en fout, mais prendre la place qui lui revient comme une des plus belles épices du monde.

Tu m'énârves dé fois, mais ch'te l'dis comme j'le penses: 


Ch't'aime comme un fou.

18/06/2011

Ode au Vent


 
Si tous les éléments de la nature avaient leur propre page Facebook, je crois qu'il n'y a que sur la liste du Vent où j'aimerais être un "ami".

Elle est fabuleuse de variété, Dame Nature. Mais bon, autant j'aime la pluie, elle demeure une chute d'eau verticale. Sauf, tiens justement, quand le vent s'en mêle. S'emmêle.

La Neige aussi c'est magnifique, mais j'en ai tellement vu. C'est comme le gâteau au chocolat: on a beau aimer ça, après le 22ième morceau, on veut des légumes. Et puis ce n'est que de l'eau gelé. N'empêche, le flocon a une prestance que la simple goutte n'a pas, je lui accorde ça.

Évidemment, le Soleil. Pas de Soleil, pas de chaleur. Pas de vie. Mais si on peut dire qu'il brille, on peut pas dire que c'est par son originalité. Présent et absent aux mêmes heures. Toujours le même arc dans le ciel. Toujours jaune. Toujours rond. Un Soleil bleu rectangulaire demain matin, il me semble que ce serait intéressant, non ?

La Lune au moins nous fait un clin-d'oeil à tous les 28 jours. Et puis elle a des taches, comme sur les mains des vieux. Et elle n'est pas bien loin. Je l'aime bien moi la Lune. Elle se comporte davantage comme un humain que l'autre. Elle a un petit coté délinquant que j'estime. L'autre, le jaune, est tellement sérieux, tellement adulte.

Quoi d'autre ? Les Orages. Ah là, coup de coeur (coup de foudre ?). Les Éclairs et le Tonnerre, jumeaux non identiques, de bons amis à moi. Mais rares, très courts, et pas tout à fait des éléments pendant lesquels on atteint le Nirvana au milieu d'une profonde méditation. Même que ça peut stresser un brin. Et puis, une partie de la beauté d'un orage c'est le vent. On revient à mon premier amour.

Le Vent.

Dieu qui expire.

Trouvez-moi quelque chose d'autre dans tout l'Univers qui est si présent en étant si absent. Invisible. Sans couleur. Sans saveur. Sans odeur. Sans origine précise connue. Sans fil d'arrivée précis. Impossible de prévoir son comportement précisément. Ne se conçoit que par l'effet qu'il a sur les autres. Il faut qu'un arbre ait des feuilles pour qu'on "voit" le Vent. C'est l'élément de la Nature le plus difficile à bien décrire, cerner. Un concept qui, quand il s'applique aux êtres humains, me fait sourciller d'intérêt. Ce sont les plus ténébreux, les plus complexes qui sont les plus intéressants. 

Le Vent oblige Donald Trump à dépenser des fortunes de produits aérosols pour son toupet chéri. Il assèche ce qui est mouillé et allège la lourdeur des canicules. Produit de l'électricité. Repose les oiseaux qui traversent les continents. Fait la poudrerie de janvier et les tempêtes de sable du désert de Gobi. Et .

Pas une mauvaise contribution au quotidien des Humains pour quelque chose qu'on ne peut pas voir, toucher, sentir, décrypter ou saisir.








15/06/2011

La Journée de la Lenteur

OYEZ CECI BONNES GENS !

L'université de la Foulosophie soulignera le 21 juin qui vient, la 11ième Journée Internationale de la Lenteur. Tous les "Lents d'Amérique" sont invités à se rencontrer près de la statue de Félix Leclerc, à l'heure qui leur convient ce jour-là. Peintres, poètes, tricoteuses, massothérapeutes, yogistes, fainéants, chatouilleux, méditatifs, danseurs, équilibristes, harpistes et autres oisifs sont invités à venir prendre le temps…

La philosophie du mouvement tient en ces quelques lignes:

"La Journée que nous organisons est en fait une réponse à la performance débridée que d’aucuns attendent de nous, ainsi qu’à la solitude et à l’isolement. Seulement en ralentissant, en adaptant notre rythme à celui de l’autre pouvons-nous communiquer. La lenteur est ainsi un partage, une condition sine qua non à la communication. Elle est aussi un choix, un point de vue que l’on défend, une marque de respect envers soi-meme. Elle est aussi indépendance, confiance dans ses capacités personnnelles. Nul besoin de se dépêcher pour damer le pion à son voisin. On existe et cela suffit. On possède tout le temps nécessaire et la seule présence de l’autre suffit."



Pour en savoir plus:

http://www.journeedelalenteur.com/

http://udfou.com/

Je vous invite particulièrement à lire l'entrevue qu'Alexandre Jodorowsky, "psychomagicien" et ralisateur de quelques films cultes, a donné à "l'U de Fou" lors de son passage à Montréal au mois d'avril dernier, ainsi qu'à jeter un coup d'oeil aux intéressantes affiches minimalistes de François Gourd qui ont soulignées l'événement au fil des dernières années.

Au plaisir de vous voir venir prendre votre temps au pied de la statue de Félix à l'équinoxe d'été.

13/06/2011

Protéines lacrymales



Le quotidien est fait de petits drames, de petites découvertes, de petits bonheurs, de petits... bref, comme des petits mini-wheats dans une boîte de céréale, le bol du temps qui passe (misère Sylvain, force-toi un peu) est plein de morceaux d'expériences givrés d'un coté de sucre (les positives) et de l'autre, juste faites de foin sec (les négatives) baignant dans le lait froid du destin ( ti-Jésus, on dirait un adolescent en crise qui tente de faire de la poésie existentielle). 

Bref, le temps passe et des choses se produisent.

Je vous donne comme exemple, tiré de ma liste des mini-wheats non givrés, un coup du sort terrible que le destin vient de m'asséner dans les flancs: 


La compagnie Mennen vient de cesser la production du déodorant pour homme au musc. 

Depuis maintenant deux bonnes décennies, je parfume le monde ambiant à hauteur d'aisselles, d'effluves de musc. Partout depuis toutes ces années, dans les métros bondés, les autobus bondés ou les lignes de gens devant les guichets automatiques bondés (les lignes, pas les guichets), mon arôme de musc a charmé une gente féminine résistant mal, la plupart du temps, à la perte de conscience et... 

OK. N'empêche, plus de Mennen au musc, je suis supposé utiliser quoi maintenant ?  Un gel en pâte affublé du nom pompeux de "Brume de Mer" et qui m'a donné l'impression, quand je l'ai senti, d'émettre un petit quelque chose qui suppose avoir batifolé dans les algues avec des fruits de mer toute la nuit ? 

Mon musc. Mon Mennen au musc chéri. Je peux à peine y croire. C'est dur. Ça fait mal. Un coup de poignard au coeur. J'ai déjà perdu des guerres, mais là, je perds le Mennen au musc. Je survivrai, je sais, mais à quel prix. 

R.I.P. le Mennen au musc.

Mais la vie c'est aussi le coté givré des événements. Des anecdotes anodines qui, par leur nature, me rassurent tant sur l'état de l'Univers dans lequel je vis que je me sens soudainement englouti dans la bonne humeur. Je vous offre celle d'aujourd'hui, celle par laquelle j'en arrive presqu'à oublier la mort du Mennen au musc. Voici:

Des chercheurs ont étudié les larmes humaines et ont découvert que selon la raison pour laquelle on pleure, la quantité et la qualité des protéines contenues dans les larmes changent selon la raison pour laquelle on pleure !!! 


J'insiste parce que je sens que vous n'avez pas tout saisi de la magnificence de ce que ça implique.

En plus clair: Les larmes ne sont pas toujours les mêmes. Elles ont un taux de protéines qui varie selon ce qui a poussé le corps à les créer. Et maintenant, le plus beau de tout; 


Des larmes qui naissent d'une peine d'amour sont plus riches en protéines qui sont elles-mêmes de meilleures qualité que les larmes de la même personne qui naissent de la douleur de s'être cassé un os d'orteil après avoir frappé un meuble par exemple.

C'est pas fabuleux ça ? L'amour déçu met de la protéine dans vos larmes ! La peine d'amour fait, littéralement, des larmes de qualité supérieure.

Je trouve l'idée d'un IMMENSE romantisme.

Prenez la chose par l'autre bout de la lorgnette: des scientifiques se voient offrir des larmes à étudier par des policiers qui font enquête sur un meurtre. Il s'agit de trouver, pour élucider le meurtre, pour quelle raison la victime pleurait au moment du décès. 


Je vous rappelle que si on est dans la fiction au niveau du scénario, on est dans la réalité quand aux données. 

Donc, en laboratoire, on étudie les larmes séchées et on découvre que le taux de protéines dans les celles-ci correspond à un sentiment d'amour déçu et non de peur. Les policiers concluent à un meurtre passionnel. Ou autre chose, qu'importe. Ce qui m'intéresse c'est cette fabuleuse donnée: les larmes sont différentes selon les raisons pour lesquelles on les verses.

On peut par exemple imaginer un futur où dans toutes les maisons traînera un "Kit d'Interprétation des Larmes", un KIL, probablement fait par Johnson's et Johnson's, et qui, un peu comme le petit kit qui permet à une femme de vérifier en 3 minutes si elle est enceinte, pourra servir aux conjoints dans toutes sortes de situations délicates. 


J'imagine une scène de ménage vive, un couple en pleurs après les cris, puis Madame qui récolte une larme de Monsieur avant qu'il puisse réagir, s'enferme dans la salle de bain trois minutes...

- Chérie, tu fais quoi lâ lâ... ? chantonne t-il, un brin inquiet après un moment.

SLAMM ! (Bruit d'une porte de salle de bain qu'on claque);

- Mon écoeurant ! Le test dit que tu pleures pas parce que je m'en vais en voyage mais parce que Mennen ne fait plus de déodorant au musc !

SLAMM ! (Bruit d'une porte d'appartement qu'on claque).

- Mais ch..ch...chérie... mamourrrrrr... m'â faire quoi lâ lâ sans Mennen au musc ? 




(Vous constaterez ici encore, cher public, que les réactions masculines lors des scènes de ménage ne se sont guère complexifiées pour le mieux depuis le Cro-Magnon).

La prochaine fois que vous pleurerez, film triste ou mal de dent, songez que votre corps a d'abord pris la peine de faire un constat biologique de l'état chimique de votre corps et des émotions qu'il porte en lui au moment donné avant de définir précisément la nature des larmes qui vous sortiront des yeux.


Y'a pas à dire, les mécaniques qui nous entourent sont belles de complexités et de précisions.



Le genre d'étreinte que j'osais faire à l'époque du Mennen au musc...





09/06/2011

Je suis un soir d'été



Vu D. à sa résidence aujourd'hui. 82 ans, une mémoire d'éléphant pour les souvenirs d'enfance mais jamais capable de se rappeler ce qu'il vient de manger. Son amie en phase terminale à M-R. Un nouvel intérêt pour les dominos et... les fleurs ! Ai fait son lavage, puis virée aux Galeries d'Anjou pour lui acheter des souliers et un maillot de bain. 

Parlé à son infirmière quelques minutes. Je lui ai demandé pourquoi elle me disait toujours "Bonsoir" à midi et demie, à mon arrivée. Parait qu'en Haïti, Bonjour = a.m. et Bonsoir = p.m. Ah bon, première nouvelle. Faudra que j'en parle à F. et T. mes collègues de travail haïtiennes... qui me disent "bonjour" jusqu'à 8 heures le soir.

Retour à la maison. Le poulet n'étant pas dégelé, je me fais une bouffe de restes. C'est bon les bouffes de restes... quand les restes sont bons. Et c'est rapide. Je mange debout sur le balcon. J'ai l'impression que c'est mon premier congé depuis 6 mois. Les petites semaines s'en viennent. 4 congés la semaine prochaine. 

Faudra faire la peinture. J'ai choisi l'orange de la salle de bain. C'est beau orange une salle de bain. J'ai l'impression de prendre ma douche au milieu d'une Sunkist. Puis un verre de vin et demi, l'ordi sur le balcon et Radiohead "... so very special... i wish i was special... but i'm a creep..." puis Yellow de Coldplay. C'est fou comme j'aime ces deux chansons-là. Elles se ressemblent beaucoup d'ailleurs. Je les écoutent en boucle avec, en parenthèse, Duncan de Paul Simon. Parfois il en va des chansons que j'écoute comme de mes vêtements; j'en ai une panoplie, mais je mets toujours les mêmes. Je pense qu'on est tous comme ça. Y'a t-il un être humain sur Terre qui a deux paires de jeans ou plus qui n'a pas sa paire préférée ? On devrait ne se contenter que de posséder des préférés. Pour voir si on développerait une préférence parmi les préférés.

En bas, dans la rue, c'est le cinéma quotidien de juin. Des enfants jouent. Il devrait y avoir une loi qui empêchent les enfants de faire autre chose que de jouer. Mettons de 0 à 6 ans. Défense de ne pas jouer !

- "Maman je voudrais faire le ménage de ma chambre !"
- "Pas question ! Prend tes poupées et un ballon et va jouer dehors !".

Maman a fait la bonne chose. Maman a agit légalement, moralement c'était aussi la chose à faire. Maman a vu juste.

C'est fou ce qu'il y'a d'enfants dans mon quartier. Quand je racle la ville avec mon intérêt-râteau, j'ai l'impression qu'il n'y a plus d'enfants. Ils sont tous ici. Les roux-rousses surtout. Il y a plus de rousses sur ma rue que dans les micro-brasseries de Chambly. En vérité en vérité je vous le dis; le gène du roux flotte dans le ciel du nord-est de la ville. Avec quelques autres particularités citadines; un BBQ pour 5 balcons environ. Ces horreurs qui brûlent le gras de viandes et dont les fumées, avec la complicité du vent, s'alignent toujours plus ou moins élégamment vers ma porte de balcon. 

Immanquable. 

Je me souviens d'un party plus jeune. Il y a avait un fumeur et où que je me déplace, la fumée de sa cigarette me suivait. Je suis un charismatique des fumées. Je vais ajouter ça à mon C.V. tiens.

Une vieille table est à donner chez mon voisin. Une bibliothèque appuyée sur un arbre. Un homme nettoie sa tondeuse à gazon. Une femme tient son bébé sur sa hanche. Jeux de rôles multi-millénaires. 

Est-ce que les rôles masculins et féminins ont tellement changés depuis le Cro-Magnon ? L'homme et sa machine. Ça pourrait être le nettoyage de son gourdin avant la chasse. La femme et le dernier-né. Elle est moins poilue et il a une plus grosse tête que son ancêtre, mais à part ça ? Qu'est-ce qu'on trouverait de surprenant à cette époque si on pouvait sauter dans la machine à voyager dans le temps de H.G. Wells ? Une hygiène primaire pour dire le moins. Des poux. Une espérance de vie de quoi... 25 ans ? Il y aurait des surprises. Un dépanneur qui vend des Kit-Kat ? Non bien sûr. Mais peut-être du sport. En finale du lancer du gourdin, l'équipe de Gnouk mène 3-2 contre les goons de Glokk.

Alors, naturellement, le samedi soir venu:

- "Je te laisse à ton maudit sport Ploufcroute. Les filles on va cueillir des fleurs dans la vallée... "
- "Je vous comprendrez jamais Plankkritte. Sprouchniaque, le meilleur lanceur de gourdin va lancer tantôt et tout ce qui vous intéresse c'est d'aller dans la vallée..."
- "Gourdin gourdin... ma mère avait raison. J'aurais dû marier mon premier amour. Un gros sourcil unique et épais au milieu du front... aaaaaaahhh.... il était sexy au moins celui-là." 

Il y avait aussi des soirs d'été à l'époque.

Pour ceux que ça intéresse, l'équipe de Sprouchniaque l'a emporté en supplémentaire mais lui-même a été mangé par un dinosaure le soir même en allant uriner dans les bois. Pendant ce temps-là, les filles ont découvert que quand elles écrasaient et mélangeaient un peu de pétales d'une fleur rouge avec de la boue pour s'en mettre sur les lèvres, les jeunes mâles de la tribu du fleuve les regardaient d'un oeil brillant.

Et c'est pourquoi aujourd'hui on est là les ami(e)s.

La rue se calme. Les enfants entrent. C'est l'heure du bain. Quelques lumières s'allument dans les logements. C'est le moment pour Chloé Ste-Marie. Le ciel et moi, on suit le même rythme. 










04/06/2011

Petite capsule de bien-être

 



Je suis un homme de théories. L'une d'elles est que l'audition d'une bonne vieille toune des Beatles par jour augmente l'espérance de vie. 

03/06/2011

Ecce Uomo, en 33 traits.



1- Laitue: la Boston > la Romaine
2- Vin: Rouge > Blanc
3- Ordis: Mac > P.C.
4- Amérique: Chicago > New-York
5- Souliers: ECCO > Merrel
6- Saison: Printemps >Automne
7- Littérature: Fiction > Documentaire
8- Politique: Gauche > Droite
9- Bouffe: Végé > Viande
10- Plumes Fontaines: Faber Castell > Mont Blanc
11- Classique: Bach > Mozart
12- Légumes: Brocoli > Asperges
13- Odeur: Vanille > Cannelle
14- Dessert: Chocolat > Caramel
15- Musique: Pop, Rock > Disco, Hip-Hop
16- Chanson (France): Brel > Ferré
17- Chanson (Québec): Desjardins > Bélanger
18- Matière: Bois > Métal
19- Lieux: Lac > Rivière
20- Mots: Ouaouaron > Strictement
21- Bouger: Vélo > Courir
22- Radio: Languirand > Charette
23- Internet: Videotron > Bell
24- Séries T.V.: Six Feet Under > Mad Men
25- Animal: Chat > Chien
26- Tissu: Coton > Soie
27- Villes: Prague > Rome
28- Asie: Japon > Chine
29- Tourisme: Festivals > Grand Prix
30- Religion: Sans attache > Bouddhisme
31- Alcool: Poire William > Cognac
32- Québec: Côte-Nord > Gaspésie
33- Livre: Papier > Électronique

29/05/2011

Ces petits-Grands moments (et non pas ces petites Grand-mamans).

Le Nirvana est une belle idée... romantique. D'imaginer un profond et parfait état de paix, permanent, est illusoire dans la matérialité.  C'est comme être sur une plage au soleil, les yeux fermés, somnolent. Sept ou deux grains de sable sur le dos suffisent pour agacer. Alors demander à la Vie (mot qu'on devrait toujours écrire avec un V majuscule, par respect), de cesser de lancer des roches, même des cailloux, même de minuscules grains de sable; hautement improbable. On passe donc au plan B; il reste quoi comme état de paix possible ?

Pour qui a vécu 4 ou 5 décennies, quelques évidences se dessinent. La permanence de quelqu'état que ce soit est impossible. Par définition, la Vie est un phénomène dont la seule certitude est le changement. Les moments de bonheur ne peuvent donc n'être qu'épisodique. La bonne nouvelle c'est qu'on peut dire la même chose des mauvais moments. Il y a probablement moyen de se creuser une zone de confort, doux, fait d'un minimum d'aspérités, pour plus ou moins longtemps. Mais les moments où on ne peut pas cesser de sourire de joie sont rares. Et parce qu'ils sont rares...

Quand un de ces petits créneaux de temps cuit pour vous par le four des Dieux se présente, arrêtez tout, et goûtez-le, dégustez-le, ralentissez le temps si possible, éliminez du moment autant que possible l'intrusion d'idées d'une autre origine. Retenez votre souffle pour forcer votre corps à participer à plein à la magie du moment. Essayez de canaliser votre excitation pour ne rien en perdre: visualisation, intensification des images que l'esprit vous propose, se laisser rire à haute voix, par exemple. 

Hyper-sensualisez-le.



En général, même dans le cas de la naissance d'une Idylle (Idylle commence comme Idiot et se termine comme Imbécile, disait un homme probablement déçu), on ne peut pas prévoir ce genre de magie. La Vie les sème et un nous accroche à l'occasion. Quand on veut les répéter, on prépare, on suscite, on essaie de reproduire la performance, l'action qui a mené au dernier de ces moments. Or, toute préparation est un effort, et c'est dans l'absence d'effort, dans l'abandon qui laisse toute la place à l'inconnu, que le terrain est le plus propice à l'apparition de ces éclairs. Ou mille-feuilles. (En passant, manger un mille-feuille, surtout en gardant la croûte du dessus pour la fin, peut aussi mener à un de ces moments cuits par les Dieux. Je fais dans l'allégorie alimentaire ce matin). J'ouvre ici une porte grinçante sur un immense débat: Faire ou Lâcher-Prise. On ira dans cette pièce une autre fois.

Je reçois à l'instant un courriel de quelqu'un qui signe "Huge Fan of Your Genius", qui dit: "But what's your point Man ?"

Pourquoi un point ? Un début d'explication serait à nouveau un effort fait qui m'éloignerait du simple plaisir passif d'apprécier ce qui est agréable. C'est pas toujours de grands gâteaux que nous préparent les Dieux, mais un cadeau est un cadeau. C'est juste que je suis là, dans mon fauteuil préféré, moulé au fil des années à mon mignon petit derrière, sirotant mon deuxième espresso, les pieds nus sur le meuble, la dérive mentale agréable, le corps encore un peu engourdi par le sommeil, l'esprit qui fait du canot sur une rivière calme. J'en suis presque, juste là, à aimer la musique country. C'est vous dire. 

C'est certain que ce moment-café du matin est préparé. Mais l'état d'âme qui l'accompagne est malgré tout d'une qualité aléatoire. Hier matin par exemple; même préparation, puis un coup de téléphone dont je me serais passé et hop, aux égouts le mini-nirvana. Et je vous dis pas, pour l'amour de la musique country...


Il y a quelques mots passe-partout de la langue française qu'on ballotte sans y accorder assez d'importance et d'honnêteté; "Ça va bien". Je vous propose de commencer à partir d'aujourd'hui, de ne plus jamais les utiliser sans que oui, de fait, on les ressentent profondément. C'est le dernier ajout fait à la Constitution du pays Toulmonde.

Soyez heureux 
Soyez réceptifs.