10/09/2011

Écrire...




Dernièrement j'ai fait un constat étonnant: je suis en train de perdre ma capacité d'écrire avec fluidité. Rigidité des poignets et des doigts causé par le manque de pratique j'imagine.

Ça vous arrive aussi ?
 

Le progrès a apporté l'ordinateur, donc le clavier, et c'est maintenant le bout des doigts qui "parlent". C'est pratique, rapide et... triste.

Y'a pourtant pas longtemps, écrire à la main, avec sa plume ou son stylo  préféré, après avoir choisi le papier adéquat, était une expérience sérieusement sensuelle. Chaque style était une signature unique. Pas un Verdana ou Arial Black universel.
 

On choisissais son bureau ou sa table préférée, le meilleur angle de lumière et, encre bleue ou noire, on se mordait un peu la langue en entamant...  

"Chère Sophie,

Déjà 3 semaines depuis que... "

Je ne suis pas particulièrement nostalgique du temps des "fôtes", (faute  d'auto-correcteur), ou des ratures comme seul moyen de rectifier sa pensée, mais il me semble que cette façon de faire avait une âme.

Et puis, recevoir une lettre par la poste !

Ça vous est arrivé quand la dernière fois ? Combien de comptes d'Hydro depuis ?

Et le timbre, ah le timbre. Parfois un oiseau coloré, un avion ou un bateau, la commémoration d'une guerre, ou mes préférés, la reproduction en miniature des oeuvres d'un(e) peintre. Et puis, inévitablement, malheureusement, un drapeau ou un parlement.

D'ailleurs j'ai jamais compris pourquoi le Canada, qui imprime peut-être les plus beaux timbres du monde, continue à nous servir à la sauvette les timbres passe-partout du drapeau ou du parlement. J'en ai fait damner des gens en ligne derrière moi au bureau de poste qui devaient attendre que je fasse mon choix parmi la faune et la flore sur papier.

Pour moi c'est une question de respect envers le-la récipiendaire de ma lettre: il n'y a pas que le cadeau qui compte, le contenant décoré fait parti de l'envoi. Il faut toujours envelopper un cadeau. Ensuite, quel plaisir à ouvrir et à s'enquérir de son contenu.

Un des intérêts de l'écrit c'est qu'il se garde et se touche. J'ai longtemps gardé chez moi une lettre de rupture qui m'avait déchirée. J'aurais jamais gardé les mêmes mots dans un courriel aussi longtemps. C'est le format, le messager de papier, qui faisait son intérêt.

Je me souviens aussi d'une correspondante japonaise, il y a bien des lunes. Elle avait le style "patte de mouche". En plus elle écrivait sur du papier de soie. Et pour compléter la torture qu'était la lecture de ses mots, elle écrivait dans un très approximatif anglais.

Mais quand arrivait chez moi ce petit rectangle nippon, aaaah, rêveur, romantique et disons-le, un brin idiot, le charme opérait. Je me disais qu'elle avait peut-être écrit cette lettre délicate dans son kimono rouge ou qu'elle avait peut-être dans sa famille une cousine geisha. Ben oui, idiot. Bah, j'assume. Avant de connaître un pays, on connait ses clichés. 

Aujourd'hui c'est l'ère de la vitesse. Le rapport temps/contenu est plus intéressant. Mais on a perdu du rêve en chemin.

Trois courriels dans un sens, deux et une photo dans l'autre, et déjà probablement, on sent la fatigue, le manque de nouveauté, on laisse s'installer la question: y a t-il mieux ailleurs ? Ainsi se font les choses dans le monde moderne.

Donc je faisait ce triste constat; je perds l'habitude d'écrire. Et je me disais: "Tu ne te rendras pas sans combattre, homme !"

J'ai ressorti mes quelques plumes fontaines; plus sèches et archi sèchent  que les chemises de la fameuse duchesse. À nettoyer, encre à acheter.

Mais au fond du tiroir, un petit bijou au corps en bois de poirier: une Faber-Castell dont j'aimais tellement la douceur, qui me donnait l'impression d'étendre de l'huile sur des feuilles en bois.

Garde-à-vous ! Tu reprends du service ma vieille.

Bon, plus qu'un détail; à qui écrire ?

J'aimerais bien ajouter un élément de mystère à ma "remise en forme". Alors tiens, pour tenir la logique de ma démarche jusqu'au bout, une petite annonce non-classée:

Faber-Castell tenue par main d'homme cherche adresse postale de femme, 30 ans et plus, pour justifier l'envoi d'une enveloppe, mensuellement ou  moins, dont le contenu reste à déterminer. Laissez vos coordonnées à:


zylvanooo@aol.com

J'ai une superbe petite lampe de bureau qui s'ennuie. Courbée vers le bas, le petit abat-jour mauve attend la première feuille, le bulbe de 25  watts prêt à servir.

Mes lunettes sur le bout du nez, laissez-moi me prendre pour le Marquis de la Nuit.

05/09/2011

Des listes de 10...



Où est une idée une seconde avant qu'on la perçoive ? Et pourquoi attire t-on à soi certaines idées absolument farfelues et tout à fait inutiles ? Est-ce que cerveau et la personnalité sont à ce point apeurés d'être inhabités un court instant qu'il faille à ce point laisser place à tout ce verbiage qui ne cesse jamais et qui nous habite l'esprit comme un locataire trop bavard ? 

Par exemple, un soir un homme s'assied devant son ordinateur avec un verre de vin, et l'envie lui prend de faire des listes de 10. Pourquoi ? Allez y comprendre quelque chose. 


10 grands livres: 

- Guerre et Paix (Tolstoï)
- Les 1001 Nuits (Traduction de Charles Mardrus).
- Don Quichotte (Cervantez)
- Le Carré Circulaire (César Lopez)
- Le Marque-Page (Sigismund Krzyzanowski)
- Monte Cristo (A. Dumas)
- Le Cycle de Fondation (Asimov)
- L'homme dans le labyrinthe (R. Silverberg)
- Les Contes (Jacques Ferron)
- Un Homme Remarquable (Robertson Davies)

10 grands cadeaux de la Nature:


- Le Raisin qui fait le vin
- La Truite, qui met une âme dans un lac.
- Les Saisons, pour la leçon.
- Les Orages, pour le plaisir.
- Les Aurores Boréales
- Les Moutons.
- La Neige des soirs de mars.
- Les Arcs-en-ciel.
- Les Papillons
- Les Arbres.


10 villes qui m'intriguent:

- Stockholm
- Kyoto
- Londres
- San Francisco
- Bora-Bora
- Chicago
- Bagdad
- Singapour
- Prague
- Saint-Petersbourg


10 mots dont j'aime la musique:


- Tombouctou
- Babouin
- Quasar
- Bouddha
- Babouche
- Moumoute
- Zimbabwe
- Pourpre
- Zazou
- Ouaouaron


10 hommes que j'ai admiré: 

- Victor Hugo
- Georges Perec
- Fernandel
- Buster Keaton
- John Lennon
- Martin Luther King
- Albert Einstein
- Miguel de Cervantes
- Sacha Guitry
- Alphonse Allais


10 jolies prénoms de femmes:

- Nathalie
- Natacha 
- Sophie
- Rachel
- Julie
- Catherine
- Angéline
- Caroline
- Josée
- Élisabeth


... et finalement, la liste que vous attendiez tous: 10 titres de livres que je n'écrirai jamais. 


- Mes Grandes Stratégies Militaires. 
- Les Choux de Bruxelles dans la nouvelle cuisine Thaïe. 
- Émanciper les peuples; fondements et méthodes de mon travail
- Le Cerveau: quelques conclusions impraticables de mes travaux pratiques. 
- Mon Q.I. de 185: pourquoi je crois aux tests. 
- Le manucure pour chiens: Commentaires critiques. 
- Le Plastique, cet inconnu.
- La Physique Quantique expliquée aux bébés. 
- Les dessous du contrat exclusif qui me lie à la C.I.A.
- 999 façons de devenir millionnaire avant la fin du mois. 




Bon. Excusez cette glissade sur la pente du délire facile. 

De beaux rêves à tous les fatigués.






















01/09/2011

Septembre, l'heure est à Buzzati...



(Lu quelque part): Le Beau, selon Beaudelaire: 

"Quelque chose d'ardent et de triste, quelque chose d'un peu vague, laissant carrière à conjecture..."

.............

J'adoooooore.

Il y a des auteurs ardents et tristes et s'il en est un dont les mots laissent carrière à conjecture, c'est bien ceux de Dino Buzzati.

Réglons d'abord une chose ou deux. Un type dont le nom de famille commence par BUZZ a en partant toutes les chances de devenir mon ami. 


Parlant de noms de famille "musicaux" (fait le-)Beau, (fait-)Delaire, n'est pas mal non plus.

Ensuite; il y a des saisons pour tout; le spaghetti gratiné, plein d'une sauce aussi épaisse que piquante, ne s'offre pas en pleine canicule. Et les rouleaux du printemps ne font pas le réveillon de Noël idéal. 


Il faut savoir lier les choses avec l'époque qui les habille le mieux. Il en va de même pour certains livres et certains auteurs. Désolé de défier aussi directement ceux et celles qui l'ont lu en vacances d'été, mais Guerre et Paix est une lecture d'hiver, un lecture de sous la couverture quand la lumière naturelle disparait tôt comme l'espérance de vie des jeunes russes dans la marche des troupes de Bonaparte vers Moscou. 

De la même façon, Cent ans de Solitude doit se lire l'été, entre quelques moustiques et un taux d'humidité qui rappelle la forêt colombienne. 

Et si vous en êtes là, Marc Levy peut être lu à l'année, si c'est dans votre bain. Levy et la mousse de bain aux agrumes, ça me semble siamois.

Dino Buzzati donc. 


Je m'excuse d'avance de contrecarrer aussi bêtement vos plans de lecture, mais Septembre venu, il faut ou bien relire le Désert des Tartares ou biens se payer ses lumineuses petites Nouvelles Inquiétantes. 

Septembre c'est un jalon, une étape. On change de saison le 21. C'est la rentrée. On enlève l'horreur de la fenêtre qui crée l'air froid. On recommence à faire de l'oeil aux vins corsés (pour oublier que les femmes se couvrent davantage). L'âme sort sa pancarte "direction Casanier" et fait du pouce.

Bref: Septembre est un mois qui, comme les textes de Buzzati, laisse carrière à conjecture.

Qu'on se comprenne bien. Buzzati n'est pas Victor Hugo. La Pléiade n'en fera jamais ses choux gras. Il ne peut plus espérer un Nobel de la Littérature posthume. C'est d'abord un journaliste. Mais voilà:

Ses textes laissent carrière à conjecture !!!

Je vous le demande Mesdames. Si deux hommes vous invitaient au restaurant le même soir, choisiriez-vous le milliardaire confiant et verbeux, remarquable de prestance mais bon, un peu fat... ou bien l'un peu timide au veston un brin fripé vers le bas du dos, qui vous bercera d'une conversation décousue mais vive, éclatée, avec moultes pauses pour vous écouter raconter les roches de vos chemins ? 


Un homme qui vous dirait entre le homard et le dessert: 

"Mademoiselle, vos yeux laissent carrière à conjecture..."

Rassurez le Buzzatien que je suis et choisissez l'option B, sans quoi je me fait moine. 


Et un mauvais.

"Frère Zouk, qu'avez-vous ? Vous ne récitez pas vos prières ?"

"Mais mon Père, n'avez-vous point remarqué combien le Notre Père est un texte laissant piètre carrière à conjecture ???".


"EXCOMMUNICATUM ZOUKPLOUFUM !!!"

Amen.



 

28/08/2011

Houla mais où est l'août passé ?

Improvisation mixte.

Nombre de joueurs: 2

- L'état du Michigan
- La région de Charlevoix

Durée: 3 semaines au Michigan. Une semaine en Charlevoix.

Trrruuuuuuttttttt !

*********************

Il est revenu... alleluhiah... il est revenu... praise the Lord... il est revenu.

S'il pouvait parler mon lit,
Peut-être ainsi m'aurait-il accueilli
Vu qu'une seule fois depuis fin juillet
J'avais constaté combien il est douillet
.

Fin des vacances donc. Fin d'un mois magique. À chaque année j'attends le ressac de la vague humaine, celle qui fait le tour de la Gaspésie en juillet, et j'entame la dégustation du mois d'août, une pointe hebdomadaire à la fois.

Ode à l'août:

J'aime l'août profondément.

Si j'avais à lier une qualité à chacun des mois de l'année, je dirais qu'après l'écrasant Juillet, Août est le mois de l'ultime sensualité. Tout ce qui pousse depuis le dégel est à son expression maximale. Jamais les arbres ne seront plus feuillus. Et les odeurs. mon dieu, les odeurs... ça sort par toutes les portes de pâtisseries, ça se lève de toutes les pelouses fraîchement coupées, ça suinte de tous les jardins où il y a une fleur. 


Et le ciel qui se griffe de perséides. 

L'août est belle et sent bon.

Si c'était une femme, voluptueuse au long cou et aux grands yeux, je complimenterais sa spécificité. 


"Quel bon goût, Août, de se choisir un nom qui aligne 3 voyelles en partant... je peux vous embrasser ?". 

Si Mai est la poésie de l'été, Août est le troisième tome d'une trilogie, relié cuir, lettres d'or italiques, de ces gros livres légers malgré tout pour leur volume, qui font ce son merveilleux quand on les dépose sur une table de bois. Un son riche et plein. L'été se prépare pendant des mois, c'est en août qu'il recule d'un pas pour mieux voir l'ensemble, brosse un dernier coup de pinceau, puis se dit: 

"Voilà".

Fin de l'Ode à l'août. Fin des vacances. Retour à des constats simples du genre: mon appartement a vraiment besoin d'un coup de balai.

"Pleure pas", me dit ma conscience, sa grosse main épaisse sur mon épaule. "Y'en aura d'autres".

Bonne fin d'été à tous.

25/08/2011

Tout est là.



AYEZ LE DOS LARGE
ET LA TÊTE HEUREUSE,
LOGEZ À L'AMOUR
INTERDIT
ET TOMBEZ EN ENFANCE
DE HAUT. 



Pierre Perreault

27/07/2011

Les Chansons Médicaments


  1= SYMPTÔME:                            

***= MÉDICAMENT RECOMMANDÉ
  
                                                                           



1- NERVOSITÉ:                                

*** RIEN NE M'APAISE (Paul Piché),  REMPLIS MON VERRE (Jim Corcoran),  CLOUDLESS (Peter Gabriel)

1- MANQUE D'ÉNERGIE:

*** LOCOMOTIVE BREATH (Ian Anderson/Jethro Tull),  IL VA Y AVOIR DU SPORT (Silmaril)

1- PRÉOCCUPÉ ? :                      

***  ATOM HEART MOTHER (Pink Floyd), DESOLATION ROW  (Bob Dylan)

1- BESOIN D'UN SOURIRE:

*** LE SABBATIQUE (Richard Desjardins), C'EST ÇA QUI EST ÇA (Martin Léon),  QUI C'EST CELUI-LÀ ? (Pierre Vassiliu)

1- BESOIN D'ESPOIR:                      

*** YOU'VE GOT A FRIEND (James Taylor),  DON'T GIVE UP (Peter Gabriel),  ALL THE WORLD IS GREEN (Tom Waits)

1- BESOIN DE "DÉCOLLER":                

*** SUPPER'S READY (Genesis),  LAMBARENA (J.S.Bach + Collectif),  (Michel Dubeau, les albums HAÏKUS), LAZER GUIDED MELODIES  (Spiritualized)

1- BESOIN D'ÊTRE  "BRASSÉ" ;              

*** O'MALLEY'S BAR (Nick Cave), SUZY CREAMCHEESE (Frank Zappa/Mothers of Invention), TE VLÀ (Robert Charlebois),  I PUT A SPELL ON YOU (CCR)

1- POUR MARCHER:                         

*** T.B. SHEETS (Van Morrisson), BOLERO (Maurice Ravel), HIGHLANDS (Bob Dylan), ANYWHERE ON THIS ROAD (Lhasa de Sela)

1- BESOIN DE SENS:                         

*** LOVE AND WAR (Neil Young), VODKA-COLA (Jacques Michel), A THOUSAND KISSES DEEP (Leonard Cohen), MOURIR POUR DES IDÉES (Georges Brassens),  L'ESCALIER (Paul Piché), QUAND J'AIME UNE FOIS J'AIME POUR TOUJOURS (R. Desjardins).

1- BESOIN D'UN VER D'OREILLE POUR DÉBUTER LA JOURNÉE:      

*** LE THÈME DE MINI-FÉE. (inconnu)

1- BESOIN DE SE ROULER DANS LA FARINE D'UN GRAND BLUES:            

*** SINCE I'VE BEEN LOVING YOU (Led Zeppelin).

1- BESOIN DE SE FAIRE RAPPELER LA BEAUTÉ DE L'AMITIÉ;

*** JOJO (Jacques Brel),  JEF (Jacques Brel),  LES COPAINS D'ABORD (Brassens),  UNE HISTOIRE DE MITAINES (Tricot Machine)
 
1- BESOIN DE SENSUALITÉ:

*** JE VOUS AIME (Jean Ferrat),  JE T'AIME MOI NON PLUS (Gainsbourg),  C'EST EXTRA (Léo Ferré),  SEXUAL HEALING (Marvin Gaye)

1- BESOIN D'UNE TOUNE POUR INCITER VOTRE PARTENAIRE À VOUS EMBRASSER :
         
*** LOVE ME PLEASE LOVE ME (Michel Polnareff),  PEACEFUL VALLEY BOULEVARD (Neil Young),  YELLOW (Coldplay),  DANS UN SPOUTNIK (Daniel Bélanger),  LES MOTS BLEUS (Alain Bashung),  CE SOIR-LÀ (J-P Ferland),  BOURREE (J-S Bach/Ian Anderson).

1- BESOIN DE METTRE QUELQU'UN(E) À LA PORTE:    

*** LE THÈME DE MINI-FÉE, UNE HISTOIRE DE MITAINE (très efficace sur les rockers), CLOSING TIME (L. Cohen... à chanter fort en insistant sur le "closing time"),  FATIGUÉ (Renaud),  THANK YOU SATAN (Leo Ferré).

... MAIS AU CAS OÙ ÇA TOURNERAIT BIEN, QUELQUES GRANDES CHANSONS D'AMOUR:
   
***   J'AI POUR TOI UN LAC (Gilles Vigneault)
              
***   ONE  (U2)
                               
***   TU M'AIMES TU ? (Richard Desjardins)
                                               
***   LOVE   (John Lennon)
                                               
***   L'HYMNE À L'AMOUR (Edith Piaf)
                                               
***   MAYBE I'M AMAZED  (Paul McCartney)
                                               
***   ONE NIGHT (Elvis)

26/07/2011

JACEK YERKA

Peintre polonais né en 1952, Jacek Yerka peint des scènes extraordinaires à partir d'éléments usuels du quotidien. Un de mes surréalistes préféré.
















22/07/2011

Les mains





Je fais partie d'une race qui a envoyé de mes semblables sur le satellite naturel de ma planète. Il y a plusieurs décennies. Mais la science qui a réussi ce tour de force ne peut toujours reproduire qu'une bien pâle imitation artificielle d'une main. 


Ça n'en dit pas autant sur les limites de ladite science que sur la fabuleuse complexité de ces bouts de bras. Quand on se permet de les observer dans le détail, on s'étonne de leur complexité et de leur perfection. 

Lancer un ballon, ramasser une pièce au sol, lire un pseudo avenir dans ses lignes, presser une orange, hacher menu une gousse, tourner un bol en porcelaine, tricoter ou jouer du piano "molto allegro". Ce qu'une main humaine peut faire, on est pas près de voir une main de robot en faire autant, ou le faire aussi bien.

À part le visage, les mains sont la partie du corps qui fait les meilleurs portraits. 


Certaines sont de véritables cartes géographiques. Une des plus belles photos que j'aie vue est celle, en noir et blanc, d'une toute petite main de bébé, blanche et sans rides, toute neuve, de la grosseur (et finalement assez semblable aussi) à une main de poupée... dans la main marquée d'un homme âgé, une espèce de patte d'ours, épaisse comme le sont les mains des grand-pères, plissée, tachée, veinée comme pour un effort constant. 

C'est une photo fabuleuse. Toute la vie... permettez-moi l'utilisation d'une majuscule par respect, toute la Vie est dans cette photo. Sa beauté, un fort symbole du temps qui passe, et sa morale finale: La Vie c'est bien, mais ça marque. Pas facile à tous les jours. Ça laisse des traces.

Je n'ai connu qu'un grand-père, et de justesse, mais j'ai de lui le souvenir de sa main. Le seul où j'ai touché cet homme distant. Le reste ce sont des broutilles de voix et une macédoine de gestes. 


Une main de grand-père c'est particulièrement marquant à l'âge où sa propre main est celle de l'enfance. On a dû faire quelques pas, quelque part. Je me souviens juste de l'effet de puissance de cette paume toute en vallons, un sorte de cuir tanné par l'existence. Et d'une superficie presque terrifiante. Un territoire.

Je me souviens de l'impression de sécurité qu'elle m'inspirait. Qui aurait osé défier une telle surface ? Et pourtant, en même temps, une grande fragilité, me disait cet imperceptible tremblement, doux et timide, mais incessant. 

Cette main là, je l'aurai peut-être un jour pour un enfant. Je ferai bien attention à l'effet produit. Ça laisse plus de traces qu'on le croit, prendre la main d'un enfant. Faut jamais faire ça à la légère.

Et puis il y a les mains de grand-mères. Il y a beaucoup de beauté dans cette usure. Probablement parce qu'avoir servi est plus noble que d'avoir un potentiel pas encore exprimé.

Étrangement, si avec l'âge la main des hommes s'épaissit, celle des vieilles dames semblent tendre vers le diaphane. 


J'ai eu l'occasion d'en côtoyer quelques-unes. Elles avait presque toutes des mains transparentes. Les veines bleues ne semblaient recouvertes que d'une mince couche de cellophane. Ou d'un papier de riz, comme celui qu'on trempe pour le ramollir avant d'en faire des rouleaux aux légumes. 

J'y lisais dans ces mains qui couvrent souvent 8 ou 9 décennies, une histoire que raconte ces doigts arthritiques et les taches brunes. Ces dames qui ont la préhension de l'apeurée, de celles qui perdent doucement leurs moyens.

Je me souviens qu'une m'a pris la main un jour, "accroché" serait mieux dire, une naufragée en mer qui vient de trouver un morceau de bois. Elle a émit un roucoulement, une demande ?


J'ai planté mes yeux dans son regard ciel de Provence. Pour mieux l'écouter. Elle m'a chuchotée, sur un ton de prière, elle qui avait tout donné aux autres et à 14 enfants depuis presque 90 ans et qui avait justement gagné le droit de tout demander:

"Me donneriez-vous un autre biscuit s.v.p. ?"

Je lui ai dit "Oui" alors que je voulais dire "je vais vous acheter la compagnie qui fait les Oréo si vous voulez". Ses mains toutes croches m'ont laissé repartir vers la cuisine. Des mains, qui encore à 90 ans, sont les outils par excellence pour demander, obtenir.

On dit que les yeux sont le miroir de l'âme. 


Alors, les mains sont les tiroirs de l'âme. 






 

19/07/2011

Salut les artistes !

On fait tous de la musique.

On émet des sons. Ton de voix d'abord. C'est la deuxième identification que l'on envoie au monde, la première étant visuelle bien sûr; celle du corps. On diffuse sur tous les octaves. Rires, cris, vocalises, chansons, soupirs, pleurs, rots, toux...

On fait donc également tous du cinéma. Du cinéma parlant. On bouge dans la masse. On touche et on interagit. On participe au film du quotidien. La scène: la planète. Nombre d'acteurs: 8 milliards. Scénario: C'est l'histoire de 4 milliards de mâles et 4 milliards de femelles du genre humain, qui se lèvent à chaque matin, émettent mille milliards de commentaires qui nourrissent mille milliards de situations, tout en mangeant, travaillant et bougeant comme des guêpes pour aller quelque part ou nulle part. Et puis les 8 milliards d'acteurs se couchent pour récupérer un peu avant de recommencer le lendemain. C'est le meilleur film jamais écrit.

On fait aussi tous du théâtre; on se fabrique des drames avec délectations. J'aime bien le classique "je l'aime-il-elle ne m'aime pas-ah douleur-la vie vaut-elle la peine d'être vécue ?" Une de mes trames préférées. J'aime moins le "Je-me-moi est important-je suis le meilleur-j'élève des vers de terre mieux que quiconque". Et entre les deux il y a les myriapodes du possible. Si les drames ne manquent pas, imaginez les sous-drames: "Horreur, je vais manquer de ceci ! Urgence d'acquérir plus donc ! J'ai peur. Je perds. Je me perds," donne de bons moments. "Je suis malchanceux-victime-j'ai pas pigé les bonnes cartes, ma bonne étoile m'a oubliée..." est un triste vaudeville. Je me suis lassé de cette pièce-là. Je n'en fait plus, je ne la regarde plus. Mais bon, il faut de tout pour faire du cinéma.

Et puis, heureusement, il y a les fous et ceux qui croient au spasme de vivre. Ceux-là voient le feu d'artifice dans les cabines de train, les salles de cours, les cafés bondés. Pas de médicaments génériques en rupture de stock pour eux. Un verre de vin de temps en temps et l'excitation débloquent les artères du coeur, les valves du plaisir. Ils leur manque peu, s'il leur manque quelque chose. Et s'il leur manque quelque chose, ils l'inventent. Il y a du théâtre par tout le monde, pour tout le monde.

Et puis on chante tous. Au propre; dans la douche, l'auto, en coupant le légumes. Au figuré; on chante la pomme en faussant à celle qui a des yeux illégaux. On chante des bêtises à son Dieu quand on se sent laissé pour compte. On chante qu'on est là, présents, vivants. On chante comme ténors pour se relier au monde.

Et on danse. On danse le petit pas pressé. On danse le grand entre-chat au-dessus d'une flaque d'eau. On danse la course à l'autobus et le tango de l'impatience quand on rate le métro. On danse aussi tous très bien le surplace à l'occasion.

Et on mime avec maestria. On mime la peine et la bouderie avec finesse. On mime le désarroi superbement. Oh et combien parfaitement on mime sa solitude ! Une couverture, le froid du dehors l'hiver, et on fixe un téléphone qui ne sonne pas, l'oeil humide. La tristesse de l'archi-détresse n'aura t-elle de cesse, d'archi-cesse ?

On fait tous du show-business.

Nous sommes tous de grands, de TRÈS TRÈS GRANDS ARTISTES.

16/07/2011

La glace et le feu.



Il y a quelques mois maintenant, se déposait dans les paumes de mes mains, la tête sans vie de ma mère.


C'est comme ça: Y'a un vent glacial qui vous traverse l'âme parfois. D'autres fois, c'est une lame de feu. 

Ces moments, il y en a peut-être une dizaine dans toute une vie. Deux ou trois décès, autant de naissances, de grands amours... je ne pense pas qu'une heure avant de quitter ce monde on doive penser à quelque chose d'autre. D'ailleurs, il y a quoi "d'autre" ? On mange, on dort, on travaille, on se transporte, on réussit ou non... et puis on recommence le lendemain. Mais au bout du compte, pour emprunter l'expression à une consoeur de mots; 

"Le coeur est le seul organe qui vaille la peine qu'on le nourrisse."

Y'a qu'une chose de vraie dans cette expérience physique; l'amour. Le perdre et le gagner, et comment on le fait ou l'exprime.

Je me souviens comme si c'était hier du jour où j'ai pris connaissance de l'existence d'une magie qui, enfin, m'expliquait la raison de toutes ces chansons odieusement sirupeuses qui m'ennuyaient pour mourir. "Mon chéri, si tu t'en vas je me fais ci..." "Mon amour, si tu me quittes je me fais ça..."

"Misère" que je me disais... et je vais vivre ici, AVEC EUX, pendant encore 50 ou 60 ans !?!

Et puis j'ai 16 ans, début d'année scolaire. Dans le brouhaha du gymnase de l'école, une jeune fille joue aux cartes avec quelques fantômes. Je dis "fantômes", ça aurait pu être des lézards géants à trois têtes, je ne les auraient pas plus remarqués. Des types avec lesquels je me serais battu volontiers, 30 secondes plus tard, pour qu'ils la laissent gagner. 

C'est soudain comme ça. Un instant vous n'avez aucune idée que la vie est autre chose, et puis la vie n'est RIEN D'AUTRE que cette autre chose. 

En 30 secondes.

J'avais jamais vu une aussi belle fille jouer aux cartes. Je ne SAVAIS PAS qu'une aussi belle fille pouvait jouer aux cartes. Je devais être jaloux des cartes d'ailleurs. 

Elle aurait été assise dans la boue qu'elle m'aurait fait le même effet. 

Et puis la vie continue, gâte le beau qu'elle avait offert, mais bon, c'est toujours de l'engrais pour du nouveau beau. Et puis, qu'est-ce qu'un garçon de 16 ans, nouvellement bourré de dynamite testostéronique, est supposé faire ? 

Et pourquoi déjà les filles attendent le Humphrey Bogart de Casablanca avec la tête de Rafaël Nadal et le charme de Johnny Depp à cet âge-là ? Pas étonnant qu'on veuille aller vivre sur sa propre planète à un moment (noir) donné.

À propos, ça s'est passé comment pour vous ?

.......

.......

.......

Les années passent donc. On gagne. On perd. On laisse doucement derrière soi le goût d'être John Lennon ou de faire la page frontale du Rolling Stone Magazine.
 
On se bonifie. On replace ses priorités aux bons endroits. L'action "acquisition de biens" est à la baisse. Celle de la "valorisation de la tendresse" est à la hausse. On désire moins une voiture rouge qu'une rieuse complicité.

Et on arrive à aujourd'hui. Content ou déçu. Avec 3 ou 3333 regrets. Mais avec une sagesse mes ami(e)s. 

On se verse un verre de vin et on écoute en boucle "Special" de Radiohead, "Yellow" de Coldplay et "Where the streets have no names" de U2. La cerise sur le glaçage: la version de Janis de "Summertime". Et le caramel sur le chocolat "Since i've been loving you" de Zeppelin. 

On en pleure presque tellement la beauté nous attend toujours dans un coin. On est affalé sur son balcon, face au soleil qui se couche.

Et on a, encore... encore et toujours, l'envie d'aimer et d'être aimé.

11/07/2011

C'était le temps du temps que j'étais potier



Travail de session. Thématique: L'influence pré-colombienne. Aux oreilles, des boucles; un Soleil et une Lune. Le Yin et le Yang.




Une des manifestations de ma nature: La légèreté dans l'expression. Cette série comprenait également des pandas et des dauphins en parachute.

 

Un bol sablé pendant des heures sous l'eau pour lui donner ce fini.




Buste du policier qui essayait d'attraper Zorro. Dieu seul sait, même plus moi, d'où m'est venu cette idée. Je lui avais donné un nom qui faisait trois lignes de long et se terminait par "Rodriguez". Aujourd'hui il me regarde dormir la nuit. L'hiver,  je lui mets une tuque sur la tête. 

 

Le monde du Petit Prince dans ma salle de bain. Régulièrement, le renard tourne sur son clou et se retrouve la tête en bas."S'il te plait... dessine-moi un clou qui tient !"




Mon chat préféré... que tout le monde prend pour un mouton. Aujourd'hui il est tout peint de blanc. "Vous vouliez un mouton ? Vous avez un mouton !" Faut pas s'obstiner avec le destin...

 

Mongolfières: Symbole de mon désir permanent de quitter les lourdeurs du sol.




Hommage au Don Quichotte de Picasso. Un jour j'ai rencontré une femme d'affaire qui voulait AB-SO-LU-MENT cette pièce. Elle était prête à m'offrir une somme que ça ne valait pas. J'ai toujours refusé de lui vendre malgré ses instances presque agressives. Pour finir, on s'est séparé fâchés et on ne s'est jamais revus. Quelques mois plus tard, alors que l'objet était solidement cloué au mur, sans aucunes raisons comme une vibration ou quelque chose du genre, à 3 heures du matin, l'objet s'est détaché et est tombé au sol pour se briser en petits morceaux. Je me demande encore aujourd'hui si ma "cliente" y est pour quelque chose. Vous y croyez vous, à la magie blanche, au vaudou... ?



Une de mes bouteilles préférées. Mon travail final a consisté à faire deux "familles" de bouteilles sur 5 générations, littéralement, 4 grands-parents, 4 parents, 4 adolescents, 4 enfants et 4 bébés. À la présentation du travail, j'ai mis au défi la prof et les étudiants de trouver les mâles, les femelles et leur situation dans l'arbre généalogique des familles. Succès mitigé. C'est fou ce que les gens ont de la difficulté à différencier une bouteille mâle adolescente d'une bouteille femelle adulte. Go figure... Cette bouteille est un de mes deux pères.



Mon assiette favorite. On réussit parfois en poterie, un objet de manière accidentelle. Mon beau-frère m'a dit un jour que sa décoration était la plus érotique qu'il n'ait jamais vu sur une assiette. Il y voyait des fesses (en bas), une vulve (au centre) et un spermatozoïde (en haut). Depuis ce jour-là, je suis pris avec cette description et mon assiette a perdue sa virginité à mes yeux purs. Foutu beau-frère.




D'autres bouteilles du projet final. En haut, deux adolescents (pouvez-vous dire qui est le mâle et qui est la femelle ?). En bas, la mère de la deuxième génération.